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catalonia si !

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CATALOGNE SI !

Les récents événements en Catalogne confirment ceci : l'émancipation sociale est étroitement associée à la question nationale, partout où la question se pose comme une exigence populaire, un préambule. Et cela est bien le cas en Catalogne : le referendum du 1er Octobre 207, malgré tous les entraves mis en oeuvre par le gouvernement Rajoy pour empêcher sa tenue, a réuni 2,3 millions de personnes pour voter à 90% l'indépendance.(Ces chiffres sont à mettre en parallèle avec celles des dernières élections de septembre 2015 pour le parlement catalan, auxquelles ont participé 4,1 millions d'électeurs). 
Ainsi, au cœur de toute formation étatique contemporaine où survivrent peuples et nations opprimées par un pouvoir centralisé qui n'a pas pu ou su mener à terme la révolution bourgeoise, la question nationale devient un "roc" incontournable. 
Au fur et à mesure qui s'aggrave la crise dans laquelle le capitalisme mondialisé est mortellement plongé, ces "rocs" deviennent de plus en plus visibles à l'échelle planétaire et vont en s'affirmant, et pour la plupart des cas, comme des noyaux de résistance au chaos impériale (la situation au Moyen Orient notamment, en témoigne). 
De ce point de vue, le mouvement indépendantiste catalan ne peux pas être vu ni comme un combat d'arrière garde, voir comme un repli communautaire égoïste d'une bourgeoisie riche que ne veut pas "payer pour le sud", ni non plus comme un obstacle à l'avancée de la révolution prolétarienne. Bien au contraire. Il constitue un fait politique majeur au cœur de l'Europe. Le peuple catalan souverain réaffirme son droit de reprendre sa liberté originelle, sa volonté de se détacher de l'état monarchiste espagnol pour renouer, une fois encore, avec la république. C'est son droit le plus stricte. 
Notons au passage, que la république catalane a été proclamée à cinq reprises au cours de l’histoire : pour la première fois déjà en 1641 par Pau Claris; en 1873, par Baldomer Lostau i Prats; puis au XXème siècle à deux reprise : en 1931 par Francesc Macià et en 1934 par Lluis Campanys. Lors de la chute de la république en 1939, le président Campanys s'est refugié en France et puis fut livré par la Gestapo dans les mains de Franco qui l'a fait fusillé en 1940. Cela reste gravé dans la mémoire de tous les catalans, comme un crime inexpiable. 
L'indépendance de la Catalogne proclamé par la cinquième fois par Carles Puigdemont le 27 octobre dernier, apparaît comme "le détour irlandais" de notre époque : point d'avancée notable vers le socialisme sans intégrer la question nationale comme l'une des composante de la lutte émancipatrice de l'ensemble du prolétariat. Point d'avancé notable vers le socialisme sans d'abord émanciper les principales bases de sustentation morale et matériel de l'état réctionnaire espagnole : les nations opprimées péninsulaires. 
Contrairement à ce qu'on avance fréquemment dans les milieux de gauche, la grande bourgeoisie catalane n'est pas la force social la plus engagée dans le processus indépendantiste. Bien au contraire. Tout au long de ce mois d'octobre décisif, elle a désertée massivement le terrain économique, retirant capitaux, entreprises (les hérauts de la "légalité" madrilène avancent le chiffre de 1 700 entreprises) et banques de la sphère catalane, craignant probablement que la proclamation de la république ne vienne nuire fortement à la bonne marche des affaires entre les deux grandes bourgeoisies. Entendons-nous bien, la bonne marche des affaires est toute relative et soumise aux rapports de concurrence qui entretiennent en générale les loups entre-eux... 
Ainsi, c'est sans surprise que leurs 50 représentants politiques au parlement catalan (ceux du Parti Populaire, Parti Socialiste et Ciudadanos) ont refusé de participer au vote , quittant l'enceinte du parlement et laissant les représentants de la bourgeoisie nationaliste catalane en alliance avec la CUP ( Comité de Unité Populaire), petite formation marxiste ayant 10 députés au parlement, proclamer la république en chantant joyeusement et en choeur, Els Segadors. Ceci, en présence de 700 maires pro-indépendantistes,des 948 qui compte la Catalogne. 
Quelle république donc ? Il n'est pas sans intérêt de rappeler ce que Puigdemont déclarait récemment au quotidien allemand "Suddentsche Zeitung" (15.09.17) : "Nous n'avons pas oublié qu'à l'époque une partie de notre élite politique a été assassinée et une autre partie contrainte à l'exil. Nous savons aussi quelles sont les racines du Parti Populaire conservateur qui voudrait bloquer le referendum : il est né d'un groupe de franquistes", poursuit M. Puigdemont. Le Parti Populaire du chef du gouvernement Mariano Rajoy est l'héritier de l'Alliance populaire, formée après la mort de Franco par d'anciennes personnalités de son régime." Le socle politique de la future république catalane est ainsi clairement posé par la fraction de la bourgeoisie nationaliste catalane qui mène l'assaut contre Madrid. D'où l'importance de l'engagement du prolétariat dans ce combat pour la république , "contre ce groupe de franquistes", comme la force la plus déterminée, la plus conséquente, la plus internationaliste. 
Certains prétendent pourtant que le prolétariat catalan n'aurait rien à gagner avec ce simple changement de maître. La bourgeoisie catalane serait aussi férocement réactionnaire que la bourgeoisie espagnole derrière son roi d'apparat. A quoi bon, disent-ils, ce détour que nous éloignerait de la voie rectilinéaire, inéluctable vers le socialisme par le choc directe de classe contre classe ? Tout au contraire, l'indépendance catalane ne servirait finalement qu'à diviser les forces prolétariennes en deux "fiefs territoriaux" distincts. Ce morcellement territoriale ne fera qu'à rendre encore plus compliqué l'unification des forces populaires aussi bien dans leurs luttes quotidiennes pour la satisfaction des revendications immédiates que pour atteindre le but finale à ne jamais perdre de vu : le communisme, évidemment, sans frontières... Donc, il faudrait dire oui au referundum pour satisfaire cette exigence populaire légitime, pour ensuite voter non à un independance que ne satisferait les intérêts historiques de prolétariat. Et on aura ainsi tout faux !
Cette myopie politique, résulte d'une vision atrophiée de processus de l'émancipation dans sa totalité, ne retenant de l’enchaînement des événements que l'aspect quantitatif des choses. Ainsi, l’addition mécanique des forces, par un élargissement continuel des forces productives serait favorisé par l'accumulation du capital dans un seul état centralisateur, et du même coup cela ouvrirait des nouvelles perspectives à l'irruption du prolétariat comme la classe appelée à libérer de toute l'humanité du joug de la tyrannie capitaliste. S'il est certain que le prolétariat dans son long combat et sa pratique politique n'a jamais prôné comme un principe le morcellement des états comme le parcours idéale pour faire triompher la révolution sociale, il a toujours su reconnaître que la question nationale était un préalable à question sociale, le détour que les balbutiements de l'histoire imposerait comme étape à franchir. 
A l'initiative du mouvement communiste internationale, le Congrès des peuples de l'Orient, tenu à Bakou en 1920, a une fois encore reconnu le droit des peuples à disposer d'eux-mêmes. Lors du discours de clôture, Zinoviev n'a pas hésité à revisiter la formule de Marx proposant qu'on proclame désormais : "Prolétaires de tous les pays, peuples opprimés du monde entier, unissez-vous !" La charte des Nations Unies de 1945 a reconnu formellement ce principe qu'elle n'hésite pas à violer ou on détourner régulièrement de son véritable sens. 
Or, que des représentants du prolétariat viennent à nier ce droit dans son application concrète tout en l'acceptant du bout des lèvres sa formulation abstraite, cela n'est pas seulement une faute, c'est bel et bien une manifestation social-chauvine. Car cela revient à dire : les peuples opprimés n'ont qu'à freiner leurs revendications nationales légitimes en attendant que le prolétariat des états impérialistes fassent triompher leur révolution et de ce fait, viennent à reconnaître la dette vis-à-vis des peuples opprimés en reconnaissant leurs aspirations nationales. Comme le dirait Lénine, "cette proposition chauvine du point de vue de la politique pratique" reviendrait en réalité à refuser le droit des peuples à disposer d'eux-mêmes. Pire encore, elle aboutirait à entériner une autre réalité bien peu reluisante pour le prolétariat en soi. Car, l'asservissement et l'exploitation des richesses des nations et de la force de travail coloniale taillable et corvéable à merci des peuples opprimés tout au long des deux derniers siècles, cela a permis à la bourgeoisie impérialiste de dégager un surplus de plus-value. Ces miettes distribuées à une fraction du prolétariat, ont fini pour favoriser l'irruption dans son sein d'une véritable "aristocratie" chauvine et contre-révolutionnaire qui par la collaboration de classe a fait échouer bien des projets révolutionnaires. 
Lorsque la 1ère Internationale vient à débattre la "question irlandaise", Karl Marx élabore une Résolution que fut adoptée le 30 octobre 1869 par le Conseil Général. Il fait remarquer : "Lorsque les membres de l'Internationale appartenant à une nation conquérante demandent à ceux appartenant à une nation opprimée, non seulement dans le passé, mais encore dans le présent, d'oublier leur situation et leur nationalité spécifiques, d'« effacer toutes les oppositions nationales », etc., ils ne font pas preuve d'internationalisme. Ils défendent tout simplement l'assujettissement des opprimés en tentant de justifier et de perpétuer la domination du conquérant sous le voile de l'internationalisme. En l'occurrence, cela ne ferait que renforcer l'opinion, déjà trop largement répandue parmi les ouvriers anglais, selon laquelle, par rapport aux Irlandais, ils sont des êtres supérieurs et représentent une sorte d'aristocratie, comme les blancs des États esclavagistes américains se figuraient l'être par rapport aux noirs". 
Puis tard, Karl Marx rappellera que le Conseil Central devrait "s'attacher tout particulièrement à éveiller dans la classe ouvrière anglaise la conscience que l'émancipation nationale de l'Irlande n'est pas pour elle une question abstraite de justice ou de sentiments humanitaires, mais la condition première de leur propre émancipation sociale. (lettre à Siegfried et August Vogt, 9 avril 1870). 
Première conclusion lapidaire : Catalogne si !

Mais les flammes de la Catalogne annoncent bien autre chose qui va au-delà de la radicalisation du mouvement indépendantiste et du probable effondrement de l'état espagnol assis sur le caudillisme fasciste, la monarchie et l'omniprésente église catholique. Cette autre chose ressemble à une espèce de révolution culturelle qui pourrait aboutir, dans un premier temps, à la séparation définitive de l'état de l'église et à des républiques laïques et démocratiques. Et, à partir de là, il serait possible de penser le rejet de l'esprit ancestrale de servitude volontaire qui afflige les larges masses depuis la nuit des temps et les empêche de développer une conscience critique vis-à-vis des valeurs morales et spirituelles de la classe dirigeante prépotente. 
Deuxième conclusion lapidaire : Catalogne si !

Et par ici, dans la paisible ville balnéaire de Lagos baignée de lumière, 
îlot cosmopolite de grande paresse et apparente insouciance, 
comment se présentent les choses? 
mais comme d'habitude, mal : 

l'été semble s'éterniser, la chair de l'immigration pendulaire des nantis du Nord 
grille paisiblement couchée sur les plages dorées, 
tandis que l'arrière pays vient de cramer à tort et à travers : 
un peu partout des corps carbonisés 
et la noire désolation (500 000 hectares partis en cendres et fumées) 
dû à l’incurie, la crasse bêtise, la corruption et l'affairisme criminel d'une classe 
dirigeante compradore, niaise et repue et... apparemment intouchable! 
... les survivants du désastre viennent à accueillir 
bras ouverts, larme à l’œil
la visite de réconfort des maîtres qui détiennent les courroies du pouvoir  ;
on s'embrasse transis par l'émotion et on se promet devant les caméras 
de la téloche : non, non ! plus jamais ça !
...toute cette résignation, ce immobilité désespérante, 
ce fatalisme sidérant, 
ô saisons ! ô châteaux ! 

une amie, témoin de mon désarroi me souffle à l'oreille, comme un soupir : 
somos os cornos mansos (ce troupeau taillable et corvéable à merci) 
voulant ainsi m'éveiller à la conscience douloureuse d'une existence collective

soumise et impuissante devant des monstres policés 
comme le marbre 
et prépotents comme Caligula (Oderint, dum metuant / Qu'ils me haïssent, 
pourvu qu'ils me craignent )

miguel zavarof / 2 Nov 2017



25/11/2018
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