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GJ / SAMEDI 8 DÉCEMBRE, CAEN

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« Si nous tenons 4 heures sans moyen de nous défendre, l’heure sera plutôt à l’attaque pour la prochaine. »

paru dans lundimatin#169, le 11 décembre 2018
 

Depuis un mois, le mouvement des Gilets Jaunes ne fait que surprendre. Alors que le gouvernement et BFM n’avaient de mots et de regards que pour Paris, la surprise ne pouvait venir que de la « province » si facilement reléguée, comme le sont les violences « en marge des manifestations ». Tout le monde sait maintenant ce qu’il en est de ces mesquines opérations de relégation spatiale et politique : elles conjurent la guerre en cours, par tous les moyens. Or, depuis quelques semaines, la guerre est partout : ni en marge des manifestations, ni en marge de Paris mais bien au coeur de toutes les situations, dans les rues des plus grandes villes comme sur les ronds-points de rase campagne. Impossible à conjurer, donc. Pour ceux qui n’en seraient pas tout à fait convaincus, voici un récit de la bataille du 8 décembre à Caen, une ville parmi d’autres dans laquelle la détermination n’a pas été « contenue » par le « dispositif policier ».

Ce samedi 8 Décembre à Caen a commencé le 7, quand 18000 tracts d’appel au samedi ont été distribués aux différents ronds-points occupés. L’exhortation d’un gilet jaune la veille était claire « si Samedi on ne fait pas la une des journaux à Caen j’arrête tout ». Le ton était donné aussi par la garde à vue d’un des administrateurs de la page Facebook des gilets jaune de Caen, qui dans une vidéo publié le vendredi faisait état des bruits qui courent alors dans la ville « Samedi à 10h les gilets jaunes se retrouvent en ville sans enfants et sans personnes fragiles, la colère gronde ».

Le samedi, dès 9h, 200 personnes se retrouvent à unrond-point stratégique pour déterminer la marche à suivre pour la journée, l’objectif est simple : fermer pour la 4e semaine le plus de centres commerciaux possibles et surtout le plus emblématique de tous : Mondeville2 / Mondevillage, ensemble gargantuesque d’un des plus gros centre de tout le grand Ouest de la France. Si une centaine de gilets jaunes restent sur place pour commencer dès le matinà fermer le centre, les autres vont rejoindre le gros des troupes pour le rendez-vous en ville. Au théâtre ce sont 2-3000 personnes qui s’élancent pour une manifestation non déclarée. En effet la semaine passée, la pseudo représentante du mouvement qui tenait une ligne « négociation pacifisme » avait été vertement expulsée du cortège pour laisser définitivement la place à une horizontalité dans le mouvement.

Mais de manifestation il n’y aura pas, nul besoin de faire un tour de chose chacun n’a qu’un objectif en tête, la préfecture. Celle-ci est gardée par une soixantaine de gendarmes mobile appuyés par la BAC, tandis que la brigade d’intervention de la police s’évertue à chasser les camarades restés au centre commercial. En ville la foule, se déployant dans le centre-ville, prend bientôt en étau le dispositif. S’arrêtant devant la galerie commerciale du centre, voici un nouveau chant qui prend bientôt comme une traînée de poudre « Macron ! Avec ta gueule de con ! On va tout casser chez toi ! » sommaire mais efficace. Les portes de la galerie comment à frémir sous les coups, mais attirés par la préfecture nous en revenons au face à face devant les gendarmes. Celui-ci se tend et sous la pression de la foule, les gendarmes reculent puis repoussent les gilets jaunes mais sans jamais faire usage de gaz. Malins, si les gens sont plus que chaud, ils restent tétanisés. Nous n’avons pas d’objectifs que de les dégagés mais personnes n’ose lance rles hostilités. Bientôt nous apprenons que les camarades au centre-ville se font copieusement gazés et il apparaît plus qu’opportun d’aller aider ceux-là.

On s’y retrouve donc et les flics sont partis. Alors une marée de 1500 personnes fait aisément fermer définitivement Mondeville 2 puis Mondevillage et tandis que la rumeur veut que des manifestants venus nous rejoindre sont bloqués par la police à quelques centaines de mètres tout le monde y court, cette fois les hostilités sont déjà lancées alors plus personne n’est tétanisé. Mais les flics ont à nouveau disparu. Sous les hourras de la foule le cortège est réunis et fier de sa force. Il s’étend. Le périphérique est envahi les rond points plus loin sont bloqués, deux cents remontent le périphérique pour bloquer le viaduc de Calix qui enjambe la ville, d’autres refont le tour des galeries commerciales pour vérifier que tout reste fermé et d’autres encore prennent les voitures pour faire fermer les autres centres de la ville.

A 15h il ne reste dans l’agglomération qu’un centre commercial d’ouvert. Et la gendarmerie arrive.

Positionnés sur le périphérique et le pont qui le surplombe, les gendarmes commencent par jauger du monde qui les encercle. De ces différents points ils lancent une première charge, lourde, sous les nuages de lacrymos on constate deux blessés, flash ball au visage etcrâne ouvert par une grenade. Alors la réponse est sans appel, malgré le manque de matériel offensif et défensif, c’est près de 4h de combat qui s’ensuivront. Tout ce qui peut servir de projectile ou de barricade est utilisé, les charges se suivent et se répondent mais la dispersion ne se fait jamais. Pire, les stratégies s’élaborent certains contournent les gendarmes qui voient alors apparaître un deuxième front puis un troisième front. S’ils ne seront jamais réellement mis en danger ils ne peuvent que constater la faiblesse de leur nombre quand, comble du ridicule, le périphérique qu’ils avaient commencé par évacué est repris derrière eux par des manifestants qu’ils n’auront pas la force de déloger avant un long moment. Sur la plus importante des lignes de front, événement miraculeux qui en dit long sur le soutien que reçoit le mouvement et sur la détestation généralisé des « cognes », un camion qui circule ne prend pas la bretelle de sortie et semble foncer droit sur les flics. Au milieu des nuages de gaz, vitre ouverte, le conducteur ralenti au niveau des manifestants et d’un sourire nous indique qu’il avance, à nous de saisir l’opportunité. On n’y manquera pas, le camion roule sur les flics et la foule en est toute haranguée, tout le monde court derrière et certains pour suivre au plus près de la police, on voit les grenades échouer sur le camion, bouclier inébranlable, il franchi le cordon... mais le franchi seul, les flics ayant réussi à briser l’élan.

Qu’à cela ne tienne, on recommence, ceux qui ne sont pas au front sont priés d’aider ceux qui y sont en ramenant des poubelles, des pierres, bref tout ce qu’ils peuvent pour aider. Bientôt des poubelles affluent et des panneaux signalétiques aussi. Opportunément de l’essence apparaît et permet l’embrasement des barricades. Pendant deux heures encore tout ce qui peut être brûlé l’est et les affrontements ne cessent pas malgré la pluie et la nuit. Au contraire, la vieille ville ouvrière qu’est
Caen, se remémore ses émeutes glorieuses et les plus vieux donnent les conseils de ce qui avaient fait leur efficacité, cocktails chimiques, boules de pétanques sciés, etc. et chacun se promet qu’à la prochaine occasion la donne ne sera pas la même. Si nous tenons 4h sans moyen de nous défendre, l’heure sera plutôt à l’attaque pour la prochaine. Nous ne laisserons pas les blessés et interpellés de ce jour sans soutiens. C’est encore des millions qu’ont perdus aujourd’hui ceux qui nous gouvernent.

A Caen, il n’y a pas de représentant et il n’est pas question qu’il y en ait. Comme dirait un gilet jaune, plus clairvoyant que n’importe quel anarchiste « il ne faut pas de chefs : parce que aux chefs, on leur coupe la tête » L’ambiguïté de ce « on » résumant bien l’ambiance générale. Quelque chose a changé dans cette ville de province, à force de croire que l’attitude pacifiste ne pouvait déclencher la violence, les uns et les autres s’étaient contenus. A présent le pouvoir est nu, et nu, il tape, il tape, il tape. Il a beau jeu de faire de sa capitale un blockhaus et de s’en gargariser ; mais voici que à Nantes, à Bordeaux, à Lyon, à Tours, à Caen, à Quimper, à Pau, à Saint-Étienne,etc. la petite souris creuse sous la porte et qu’elle à bien l’intention d’entrer dans le palais.

  • Mouvement


11/12/2018
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