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Danielle Bleitrach - au milieu du gué

Entre révolution et réaction fasciste, la France est au milieu du gué.

18JAN 2019

 

 

photo de Françoise la rouge.

 

« Pour que la révolution ait lieu, il ne suffit pas que les masses exploitées et opprimées prennent conscience de l’impossibilité de vivre comme autrefois et réclament des changements. Pour que la révolution ait lieu, il faut que les exploiteurs ne puissent pas vivre et gouverner comme autrefois. C’est seulement lorsque « ceux d’en bas » ne veulent plus et que « ceux d’en haut » ne peuvent plus continuer de vivre à l’ancienne manière, c’est alors seulement que la révolution peut triompher. » Lénine, La maladie infantile du communisme (1920)

 

Nous sommes au milieu du gué.

Lundi, je me suis rendue avec une camarade de la cellule à un débat des gilets jaunes, qui à ce que j’en sais va désormais se poursuivre le lundi et le jeudi au Toursky. Si je trouve un moyen de locomotion, je m’y rendrai parce que c’est un lieu très intéressant pour observer ce qui se joue. Le public est en général jeune. Ceux qui arrivent des ronds points le sont moins que ceux du centre ville de Marseille, ils sont nettement plus mûrs. D’une côté la France des zones périphériques et celle des transports en commun du centre ville, c’est moins idéologique que pesant- son poids de réalités différentes. Encore que le rond point conforama de Plan de Campagne ait manifesté dès l’ouverture des débats qu’il ne reconnaissait aucune autorité à l’assemblée vu son positionnement à gauche et même à l’extrême-gauche. Ils étaient trois et ils ont quitté la réunion après leur déclaration qui ne laissait aucun doute sur leur adhésion aux buts de l’extrême-droite, entre marine et Soral-Chouard. dans toute la réunion il n’a jamais été question du RIC, plutôt de tactique.

Le sujet du débat était purement organisationnel,  il opposait les organisateurs qui pensaient, je cite: « Il y a eu des manifestations très importantes contre la loi travail, elles n’ont rien obtenu. Si nous avons obtenu c’est parce qu’ils ont peur!  » Et le jeune homme avec une minuscule queue de cheval sur la tête a poussé un peu trop loin le bouchon en disant que « les pacifistes étaient nuisibles ». Ce qui a provoqué une levée de boucliers de la majorité, mais la discussion s’est poursuivie.

Sur le moment,  je ne voyais pas ce qu’ils avaient nt obtenu, si ce n’est l’augmentation pour les flics. Puis je me suis dit qu’il désignait l’essentiel à savoir un soutien de l’opinion publique et la permanence de ceux qui se sont engagés et qui sont encore là. A priori je ne le met vraiment pas au compte de  à l’affrontement avec la police, mais bien à celui de la revendication d’un droit de vivre dans la dignité, cette revendication  est menée de manière pacifiste. Pourtant, j’ai réflechi à cette question durant plusieurs jours  et je me suis demandé si la violence subie, ne faisait pas partie de la confiance en ce mouvement. Enfin des gens prêts à mourir, à être handicapés à vie pour leur engagement, voilà qui nous change, même si je reste sur l’idée qu’il vaut mieux ne pas chercher la répression, si l’on peut avancer sans elle tant mieux. Moins on a de morts et d’éclopés, d’emprisonnés, mieux ça vaut.

Il y a eu à ce jour: et exclusivement du côté des manifestants  12 morts, 3000 blessés dont 400 gravement, 10 yeux crevés, 5 mains arrachées, 5600 personnes arrêtées, 1700 gardes à vue, 282 personnes incarcérées. Ce bilan donnait quelques crédibilités à ceux qui ricanaient quand il était question de violences du côtés des manifestants, même si je continuais à soutenir le fait qu’il fallait que ceux qui affrontaient la police le fassent sans se placer au coeur de la manif pour que tout le monde prenne. Une jeune musicienne qui trouvait le débat passionnant réclamait de savoir quels morceaux elle et son groupe devraient aller jouer aux baumettes pour dire aux incarcérés qu’on ne les oubliait pas.

Que malgré cette opposition, tout se poursuive dans la réunion est déjà important. C’est le revers de la médaille, l’absence manifeste d’objectifs clairs n’a pas que des défauts, chacun sait pourquoi il est là. Moi compris. L’impossibilité à continuer à supporter la morgue, l’injustice, la stupidité disons le mot de ceux d’en haut. C’est général, osons le dire, nous l’éprouvons tous, nous nous sentons humiliés par la manière dont on nous amuse, les discours de plateaux de télévision, les propos indécents d’un président qui quand il prétend se rapprocher du peuple devient vulgaire pour étaler sa suffisance et sa volonté de nous duper. Ceux d’en bas sont effectivement unis dans le refus d’être gouvernés par ceux d’en haut. Ces gens là n’ont rien à proposer, rien à défendre sinon leurs intérêts personnels qui coïncident avec ceux du capital, et ces médiocres ont les rouages d’un système à broyer avec eux…

A priori cela ressemble beaucoup à mai 68, en fait tous ces gens là sont aux antipodes, y compris les gauchistes casseurs de flics, ce ne sont plus les jeunes bourgeois, fils a papa, ce sont des jeunes gens usés par les petits boulots, par le mépris de leurs capacités. les jeunes de mai 68 savaient qu’ils vivraient mieux que leurs parents, aujourd’hui c’est le contraire et ça change beaucoup de chose… pe’ut-être faut-il ajouter une certaine confiance dans les solidarités familiales, comme ce jeune homme avec sa mère d’une soixantaine d’années. Il se met encolère d’être traité de pacifiste nuisible: « ma mère vient avec moi, je ne veux pas qu’on me la tue.. »

A priori nous sommes d’accord sur l’idée de ne plus supporter ceux d’en haut: question comment on les empêche de gouverner, d’exercer la « violence légitime »? 

Comment supporter le discours présidentiel, celui des médias sur la « violence » des gilets jaunes quand on voit le bilan de la répression et qu’éclate au même moment le feuilleton du favori du prince qui pour ses activités de barbouze en Afrique a visiblement bénéficié des faveurs élyséennes… On entend encore Macron dire qu’il faut savoir avoir de l’indulgence pour celui qui a fait une faute… C’est plus que de l’indulgence et cela éclaire encore un peu plus la nature d’un système. La « violence légitime » de l’Etat est devenue illégitime dit le mouvement, le parti est le seul à poser la nécessité d’un changement de pouvoir qui ne soit pas simple changement au profit des mêmes.

C’est ce que dit Lénine, passer du constat qu’on ne les supporte plus à celui de les empêcher d’exercer leur pouvoir nocif et pour cela « que faire, »

C’est comme la fin de la classe ouvrière, la classe ouvrière n’a pas disparu, elle n’en peut plus, elle s’abstient, mais elle n’existe plus en tant que force politique, elle n’a plus de parti qui poqse la question de son pouvoir. Qui peut mieux que les communistes… cela fait déjà du bien d’entendre Fabien Roussel, la manière dont il croit ce qu’il dit… mais le parti communiste n’est pas encore en état de jouer son rôle et ce serait ça le plus important pourtant. On ne sent pas des communistes prêts à empêcher ce piouvoir, s’organiser et organiser les masses en vue de cela? Que faire comme dirait Lénine?

Hier, les camarades de la cellule distribuaient des tracts devant chez moi. Je suis sortie cinq minutes pour les saluer parce que même si j’ai décidé depuis les tricheries de ma fédération des Bouches du Rhône de ne plus participer à aucune de leurs activités, individuellement je n’ai rien contre les camarades et surtout j’apprécie leur militantisme. Le petit tract qu’ils distribuent est bien fait, il s’intitule « on veut juste vivre ». Donc je vais les saluer, leur souhaiter une bonne année et une jeune femme qui passait par là  entame la discussion, elle me dit « je suis avec vous, e’nfin avec les gilets jaunes et la France insoumise, même si Mélenchon est un mégalomane, moi celui que j’aime c’est Ruffin ». . Elle est à la France insoumise, mais elle pense que Mélenchon est un mégalomane, elle aime Ruffin.  Elle me demande qui est Ian Brossat s’il faut voter pour lui? Elle participe aux réunions du lundi des gilets jaunes, elle a découvert récemment que Chouard était avec Soral, elle n’en revient pas. On parle du RCI, je lui explique son application au Venezuela, le fait que cela ne me parait pas approprié à la situation française, ne serait-ce que parce que ce n’est pas Chavez qui est la manoeuvre mais Macron et sa bande. Il ne faut jamais confondre rapports de forces et institutions, l’institution est faite pour servir les rapports de forces et pas l’inverse, Chavez et macron c’est pas pareil… Si on les confond on cède la place aux fascistes… Elle est d’accord pour venir aux réunions du parti, pour que nous la convoquions, là j’appelle une camarade et je la lui laisse, parce que ce serait tout de même extraordinaire qu’ici comme ailleurs (dans le quartier je commence à devenir une autorité politique en matière de « on en veut plus »), j’ai recruté pour des réunions auxquelles je refuse de participer faute de la plus élémentaire confiance dans ceux qui les organisent.

Ce qui apparait dans toutes ces rencontres, de la part de ceux qui s’engagent dans ce mouvement, c’est une grande naïveté. Ils n’ont plus confiance en ceux d’en haut mais sont prêts à écouter tous ceux qui veulent bien discuter avec eux, sur le modèle des réseaux sociaux, l’horizontalité y compris en matière de rumeurs, mais une soif de politique évidente.

Les Européennes et la maladie infantile devenue sénile ? …

Moi qui ai passé une longue vie à faire sur tous les continents de la politique, je ne suis pas éloignée de leur état d’esprit, l’empathie du sociologue? Il y a plus. Je n’ai pas confiance à cause de la tricherie du Congrès et de ses conséquences, cela va plus loin: ceux que je désigne désormais dans ma tête comme « les tricheurs » ont témoigné durant ce congrès d’une incapacité totale à penser la réalité de la société française et le rôle du parti, en s’arcboutant sur le refus d’une avant garde pour mieux nous imposer leurs manipulations de sociaux démocrates. C’est là mon point de désaccord et il dépasse les petites histoires d’une fédération en proie aux jeux claniques. On ne peut pas poursuivre sur pareil chemin, l’opportunisme, les jeux claniques dans cette situation c’est la mort.

Il faut un choc, la confrontation avec cette réalité pour retrouver le sens des propos de Lénine ou alors il n’y a aucune nécessité à avoir un parti communiste et y compris mener un combat quelconque pour des élections auxquelles personne ne croit qui sont les Européennes. Parce que s’il y a une élection qui traduit bien le désintérêt hostile pour ceux d’en haut de la part de ceux d’en bas c’est celle là. Ceux d’en haut ne savent plus comment se positionner de manière crédible pour obtenir le maintien d’un système qui fait eau de toute part.  Ils en sont à tirer du foutoir du brexit le seul argument en faveur du maintien en l’état. Tout ce que l’on peut dire du brexit, nous communistes, c’est que l’on doit toujours mettre en regard de la situation grecque du refus de sortir de l’UE et de ses conséquences terribles pour le peuple grec. Le brexit comme le maintien grec prouvent chacun à leur manière que sortir de l’UE n’est en rien la solution si cela ne s’accompagne pas d’une lutte contre le capital qu’il soit dans ou hors de l’UE. L’essentiel  reste ce cancer financier mondialisé. Autre chose est de savoir la manière dont la perte de notre souveraineté nationale joue ou non pour nous livrer à ses diktats.

Le refus de l’avant-garde, la pseudo démocratie, nous a conduit à être comme les autres, manipulés par des pratiques de congrès social-démocrates, incapables d’avoir une démarche politique appropriée à la situation qui est bien pourtant celle du milieu du gué que décrit Lénine dans gauchisme maladie infantile du communisme. Gauchisme, prendre ses désirs pour des réalités, inventer une France qui ne s’intéresse plus à la question sociale où il n’y aurait plus que des bobos et le clientélisme des cités populaires est une référence bien appropriée pour décrire l’idéologie dont depuis 20 ans les communistes sont victimes. L’aspect sénile peut se confondre avec l’infantilisme dans son refus du réel. Ce réel d’un capital aux abois qui ne voit plus de recours que dans la répression et dans la guerre a besoin d’un parti communiste. Le Congrès on le dit souvent a mis un pied dans la porte, mais les forces de l’inertie, l’esprit de revanche est tel que le découragement gagne tout le monde.

Il est clair que non seulement en France, mais partout dans le monde les masses se rendent compte qu’il leur est impossible de vivre comme autrefois et réclament des changements, ceux-ci dans ce cas peuvent être totalement réactionnaires. Ils peuvent comme cela s’est passé à partir de la grande protestation contre le code travail (dont les gilets jaunes sont aussi issus même s’ils l’ignorent, celui qui résiste a forcéement un jour une postérité) déboucher sur la comédie du choix entre le fascisme et le maintien en place de ceux qui ont démantelé les conquis et qui poursuivent la politique du capital l’emportent.

Les  camarades réveillez-vous: est-ce que vous savez que « le pas de quartier contre ces gens là! », l’idée qu’ils n’ont aucune pitié pour tous ceux qu’ils détruisent est forte et la conviction de ce qu’il faudra pour s’en débarrasser monte ? Ou cette colère est canalisée par l’extrême-droite au profit des mêmes et ça le capital le sait… ou nous en prenons la mesure parce que nous sommes censés être des révolutionnaires et tout peut déboucher à l’inverse de nos protestations depuis des années… avec la dérision des procédures électorales qui ne cesse d’être dangereusement démontrée, n’oubliez pas qu’Hitler a obtenu l’adhésion du grand capital quand il lui a promis de ne plus se soumettre à des élections et à de dangereuses possibilités de renversement de majorité, même si là encore et l’Europe en a fait la démonstration on peut toujours ignorer le vote populaire.

Pourquoi cela s’est-il passé ainsi ? ma position est parce qu’il n’y a pas eu de parti communiste pour rassembler une gauche devenue miroir brisé autour des éclats d’ego. Il ne peut pas y avoir de Front populaire sans une avant-garde des exploités. Comme rien ne me prouve que cette position soit partagée, j’attends en mesurant mes propres forces qui sont dérisoires.

Nous en sommes loin, c’est pour cela que la France est au milieu du gué.

Danielle Bleitrach



23/01/2019
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