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israël/palestine à madrid

Israël/Palestine à Madrid :             « La solution des deux états est morte »

« Palestine/Israël, un pays, un Etat » s'est conclus hier (6 juillet 2007) à Madrid, par l'approbation d'un document dont les promoteurs – dont l'historien Ilan Pappé, des universitaires et militants étasuniens, sud-africains, israéliens et palestiniens —s'engagent à mettre au point la solution d'un état démocratique comme issue unique et urgente à l'impasse des négociations que la question palestinienne vit depuis des années. Nous en parlons avec une des rédactrices, Leila Farsakh, enseignante en Sciences politiques à l'Université du Massachusetts (Boston), et auteur de « Independence, cantons or bantoustans. Whiter the palestinian state ? » et d'une série de publications sur l'économie israélo-palestinienne.



Vous avez déclaré que le nationalisme palestinien est mort.

Je n'ai pas dit cela. Je dis que la bataille de notre peuple pour obtenir un état indépendant est finie. Nous devons repartir avec la résistance à l'occupation et au colonialisme, mais en formulant une nouvelle stratégie qui se fonde sur le concept de citoyenneté, et non plus ancrée sur l'idée de partition de la Palestine historique. Quarante ans de lutte –depuis l'occupation des territoires en 1967- méritent peut-être un état qui serait autre chose qu'un ensemble de bantoustans en territoire israélien, sans continuité territoriale ?

Quelle est la différence entre état binational et état unique ?

Dans l'état binational les groupes (ici israélien et arabe) conservent une série d'institutions, par exemple le système éducatif, séparées. Séparées et garanties par la constitution. Par état unique on entend au contraire un état laïque et démocratique dans lequel aucune identité particulière n'est protégée par la loi. Reconnaître que l'état n'est pas homogène, mais mettre au centre du discours le citoyen, pas les ethnies. Chez ceux, comme nous, qui considèrent désormais comme impossible la partition de la Palestine, il y a encore des divergences sur lequel de ces deux modèles, ou leurs variantes, serait le plus opportun d'adopter.

La perspective d'un état unique ne vous semble-t-elle pas très lointaine ?

La réalité territoriale, économique et démographique de la Palestine montre que nous n'avons jamais été aussi proches de l'état unique. Le territoire de la Cisjordanie n'a jamais été aussi fragmenté, les bantoustans sont de fait déjà là, les Palestiniens dépendent d'Israël pour leurs déplacements, ils n'ont aucune souveraineté sur la terre. La force de travail de la West Bank dépend de l'état occupant. Et d'un point de vue démographique nous en sommes quasiment à la parité avec les Israéliens. D'ici 5 ans, les Palestiniens seront majoritaires. Les deux états sont morts, il faudra au moins une génération pour réaliser l'état unique, mais il n'y a pas d'alternative.

Et si au contraire ceux que vous appelez les bantoustans fonctionnaient ?

Israël ne voulait pas créer la politique d'apartheid à laquelle nous sommes arrivés maintenant, il visait le transfert (l'expulsion, NDR) des Palestiniens. Il l'a en partie réalisé avec la guerre de 1948, mais en 1967 il a occupé la terre palestinienne et en a exploité la force de travail, sans par ailleurs l'annexer. Les bantoustans à quoi on est arrivé ne peuvent pas durer : la politique des permis de travail pour les Palestiniens est insoutenable, tout comme le financement, par l'Union européenne, de centaines de millions d'euros par an pour les salaires de l'Autorité palestinienne, que l'état d'Israël, en tant qu'occupant, devrait prendre à son compte sur la base de ce qui est prévu par le droit international.

Oui, mais ces éléments là sont objectifs. Et les éléments subjectifs, à commencer par Israël où la très grande majorité des partis est sioniste, qu'indiquent-ils ?

Ils sont rivés à la vision de deux états. E Israël. La direction palestinienne – que ce soit pour une nécessité de durer, ou par fidélité à la stratégie de ces 40 dernières années — est aussi ancrée sur les deux états. Ce qui me préoccupe le plus c'est la dimension internationale : depuis la résolution 181 des Nations Unies, la vision dominante a de fait été celle de la partition de la Palestine historique. Et, pour la première fois, dans le discours du Jardin des roses de la Maison Blanche (2003) le président Bush a parlé de nécessité de l'Etat palestinien, avec des frontières provisoires, en essayant de cette façon de légitimer les bantoustans.

Peut-on faire abstraction de ce contexte international ?

Ce cours conférence représente le premier pas pour l'élaboration de stratégies politiques et universitaires. Il s'agit d'expliquer au monde que l'idée de deux états est morte. La prochaine étape sera une rencontre beaucoup plus importante, auquel nous sommes en train de travailler, qui se tiendra dans quelques mois dans une capitale européenne. C'est la précipitation des événements sur le terrain qui nous aidera. L'Occident, avec le dit « front modéré » Egypte-Jordanie, est en train d'accélérer pour la proclamation de l'Etat palestinien fantoche, dont il compte déclarer les frontières provisoires dans quelques mois. Mais il s'agira de quelque chose, qui se réfère à la réalité qui s'est créée sur le terrain, que ni le président Abu Mazen ni aucun palestinien ne pourra jamais accepter. C'est là que les jeux vont se rouvrir. Et que « notre » proposition entrera en jeu.

Edition de samedi 7 juillet 2007 de
il manifesto
Traduit de l'italien par Marie-Ange Patrizio

Solution unique en Palestine :     un seul état pour tous


Repartir de Madrid, mais en changeant de cap. Si en 91, s'étaient déroulées dans la capitale espagnole des rencontres entre l'OLP et les leaders israéliens qui devaient conduire à la naissance d'un état palestinien, aujourd'hui (début juillet 2007, NDT) des universitaires et intellectuels s'y retrouvent pour relancer dans l'agenda politique le débat sur un état binational, une entité unique à l'intérieur de laquelle israéliens, palestiniens, juifs, arabes et chrétiens, auraient les mêmes droits de citoyenneté.

Organisé par la Universidad Nòmada, le cours « Palestine /Israël, un pays , un état » accueille la participation, entre autres, de l'historien Ilan Pappé, de la sud-africaine Virginia Tilley (sciences politiques) et d'Omar Barghouti, promoteur de la campagne palestinienne pour le boycott universitaire et culturel d'Israël. Nous en parlons avec Ali Abunimah, palestino étasunien et auteur de « One country », publié en anglais chez Metropolitan Books.



Quelle est l'idée de base de votre « état unique » ?

L'état unique est une vieille proposition de l'OLP mais aussi de certains membres du mouvement sioniste avant la naissance d'Israël, comme le philosophe Martin Buber et l'ex-président de l'université hébraïque Judah Magnes. La nouveauté aujourd'hui se trouve dans la nécessité de remettre cette proposition au coeur de l'agenda politique. La réalité sur le terrain rend impossible le fonctionnement d'un état palestinien. En même temps, l'idée d'un état ethnique n'est plus soutenable : à 60 années de la naissance de l'état d'Israël, l'Etat juif a échoué à la fois à obtenir une légitimation de la part de sa population – je fais référence aux Palestiniens qu'il occupe et à ceux de l'intérieur des frontières d'état, qui représentent ensemble environ la moitié des habitants et deviendront rapidement la majorité des habitants – et à arrêter la résistance palestinienne. En outre, il est inacceptable moralement que dans un état les droits de citoyenneté dépendent de l'ethnie ou de la religion.

Vous parlez de nombreux éléments communs avec l'expérience irlandaise …

Là aussi, tout a commencé avec une démarche coloniale qui a pris des caractères ethniques et religieux. L'Irlande du Nord a été créée en 1921 comme une partition de l'Irlande exactement pour créer un territoire où les protestants unionistes –qui étaient minoritaires dans toute l'île- représentent la majorité. Créer une majorité artificielle dans une partie de l'Irlande pour justifier et perpétuer le pouvoir de l'occupant. C'est à cela que nous assistons en Israël : la tentative de définir un état territorial où les juifs soient majoritaires.

Croyez-vous que les Israéliens soient prêts à accepter de diviser le pouvoir avec les Palestiniens ?

Il y a deux étapes à dépasser pour arriver à cette conscience. Primo : reconnaître ses difficultés à garder le pouvoir. Deuxièmement : il est nécessaire d'accepter de partager avec la contrepartie. Les Israéliens ne sont en aucune manière prêts à ce dernier passage mais ils admettent qu'ils ont un problème de légitimation dans l'exercice du pouvoir et de sa conservation. C'est ce qu'on entend quand Tel Aviv parle de « menace démographique ». Un discours raciste : les palestiniens sont en train de devenir majoritaires, donc nous devons nous séparer pour garder l'état juif. Mais il s'agit en même temps de la reconnaissance qu'un état où le pouvoir est dans les mains de la minorité est illégitime. Et ils sont donc en train d'essayer de créer une situation –exactement comme les bantoustans sud-africains- où apparemment Israël ne gouverne pas les Palestiniens, dans lequel ceux-ci auraient un état « fantoche » sans pouvoirs et qu'ils n'aient ainsi pas de droits à demander à Israël.

A quel niveau de maturation en est ce débat chez les Palestiniens ?

Il s'élargit beaucoup, à la fois chez ceux qui vivent en Israël et ceux qui sont en Cisjordanie et à Gaza. Même les sondages de ces dernières années le montrent, entre 1/4 et 1/3 des Palestiniens de Cisjordanie et Gaza sont pour cette solution. Fait extraordinaire si on pense qu'aucun parti palestinien n'en fait la publicité. Dans le mouvement de solidarité international, pour qui le slogan des deux états est un mantra, en commence à prendre en considération l'état unique.

Et que faits-vous du Hamas, qui vise un état islamique ?

Le Hamas a pris beaucoup de distance avec son idéologie d'origine et n'a plus comme objectif un état islamique ; il n'est plus une simple émanation des Frères musulmans égyptiens. Il s'agit d'un mouvement en perpétuel changement, qui incorpore certains principes libéraux, comme le montre la déclaration en faveur de la liberté de la presse faite à l'occasion de la libération du reporter de la BBC Alan Johnston.

Edition de jeudi 5 juillet de
il manifesto
Traduit de l'italien par Marie-Ange Patrizio

« Un choix moral ». Le boycott secoue Tel Aviv

Le directeur pour le commerce et les investissements de l’ambassade britannique à Tel Aviv a choisi les colonnes du quotidien Haaretz pour essayer de rassurer le gouvernement israélien. « Nous sommes conscients du choc et de la colère causés ici en Israël par les récentes tentatives de boycott de la part d’un groupe d’organisations britanniques – écrit Richard Salt. Le gouvernement britannique ne peut pas interférer dans leurs délibérations internes mais nous n’approuvons pas bien sûr des tentatives de boycotter Israël ». Le ministre des affaires étrangères hollandais, Maxime Verhagen, s’est fait par contre le porte-parole, il y a quelques jours, de ce qui est appelé « désinvestissement ». « J’attends que Riwal arrête de fournir des grues pour le mur », a déclaré Verhagen en citant, à l’appui de son « invitation » à la firme de Rotterdam, la résolution de la Cour internationale de justice qui, en 2004, a jugé que le mur est « illégal ». Nous avons discuté des perspectives de boycott avec Omar Barghouti, fondateur de la Campagne palestinienne pour le boycott universitaire et culturel d’Israël, Pacbi (www.pacbi.Org ), et conférencier au cours « Palestine/Israël : un pays, un état » qui s’est terminé vendredi à Madrid.



Comment se justifie le boycott contre l’Etat juif ?

Israël est un pays qui a violé plus de principes et de lois internationales que l’Afrique du Sud pendant l’apartheid. Le boycott est justifié par la violation de principes légaux (les résolutions des Nations Unies). Politiquement il met l’accent sur les droits, qui doivent être respectés par les deux communautés si on veut une solution juste au conflit. Un des outils les plus efficaces dans nos mains est la Convention de l’Onu contre l’apartheid. Exactement comme dans l’Afrique du Sud ségrégationniste, il y a en Israël des lois qui discriminent ouvertement les citoyens arabes de l’Etat. La plus importante est celle sur la propriété de la terre, qui n’attribue aucun contrôle sur cette dernière aux Palestiniens, en en confiant entièrement la gestion à l’Agence juive.

Quels résultats avez-vous obtenu jusque-là présent ?

Il n’y a que trois ans que nous avons commencé, mais les institutions et les groupes de la société civile internationale répondent très bien. La semaine dernière le Tgwu, un syndicat britannique de 80.000 adhérents, a voté une résolution très dure de boycott. Comme l’avait fait Unison, le principal syndicat (1,3 millions d’adhérents), ou le Cupe en Ontario (200 mille membres), qui est en train de préparer des cours pour éduquer ses adhérents au boycott, sans parler du Cosatu sud-africain qui s’est mobilisé en masse.

Quand il est mis au coin, Israël réagit durement.

Vous européens, vous oubliez que même l’Afrique du Sud, quand les campagnes de boycott sont devenues efficaces, a réagi en intensifiant sa répression contre ses citoyens noirs. Le monde à l’époque s’était demandé : peut-être vous faisons-nous du mal au lieu de vous aider dans votre lutte ? La réponse dans ce cas là fut : non, et nous continuerons jusqu’à à ce que aurons abattu le système de discrimination raciale. Le boycott est la pratique la plus morale et efficiente politiquement, parce qu’elle n’aliène pas la part humaine de la population, des deux côtés. Et de cette manière, elle prépare juifs Israéliens et Palestiniens à la coexistence pacifique.

Vous parlez de boycott, désinvestissement, sanctions (bds). Quelles sont les différences ?

On entend par désinvestissement le retrait d’investissements aux institutions ou entreprises qui soutiennent l’occupation. Toutes les entreprises israéliennes sont complices parce qu’elles font une discrimination dès le moment où, pour un travailleur, elles donnent la priorité à ceux qui ont servi dans l’armée., en excluant de cette façon la minorité palestinienne en Israël (1,2 millions de personnes) qui ne fait pas le service militaire. Les sanctions représentent le dernier degré et sont appliquées par les Etats et la communauté internationale.

Le boycott individuel fonctionne-t-il ?

Même ne pas acheter de fruits ou fleurs produits en Israël compte, et beaucoup. Pour les produits agricoles israéliens l’Ue représente un marché de milliards de dollars, et l’Etat juif a avec Bruxelles un traité d’association qui en fait quasiment un état membre. Les premières campagnes de boycott contre Pretoria commencèrent dans les années 50, mais avant de devenir un phénomène répandu il a fallu attendre 30 ans. Nous Palestiniens, nous sommes en train de faire beaucoup mieux.

Edition de mardi 10 juillet 2007 de il manifesto
http://www.ilmanifesto.it/Quotidiano-archivio/10-Luglio-2007/art47.html
Traduit de l’italien par Marie-Ange Patrizio
Source traduction : Palestine Solidarité



08/08/2007
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