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Obama et la gauche critique

Obama et la gauche critique

« Contre Obama » est le titre de la rubrique d’Alexander Cockburn publiée le 22 octobre par The Nation, l’hebdomadaire le plus important de la gauche américaine (*).

Alexander est un représentant atypique de cette gauche. D’abord il est anglais et pas américain, même s’il n’est pas du tout flegmatique, plutôt même polémiste assez véhément, journaliste « méchant ». Son frère Patrick est un journaliste confirmé. Son père Claude, journaliste lui aussi, avait été dénoncé comme communiste par Georges Orwell (l’auteur de 1984, et de La ferme des animaux). Il ne vit pas dans une grande ville mais dans un conté perdu en Californie du Nord. Alexander a écrit avec Susanna Hecht un beau livre sur l’Amazonie ( The fate of the Forest : developers, destroyers and defenders of the Amazon, Verso 1989). Avec Jeffrey St Clair il est le producteur de Counterpunch, la plus radicale newsletter politique des Etats-Unis (ces jours ci justement Counterpunch a lancé une souscription pour pouvoir survivre : ça vous rappelle quelque chose ?) (Allusion aux multiples campagnes, dont une actuelle, du journal il manifesto, NdT).

Dans sa rubrique, Cockburn se moque de l’ « Obomania » : quiconque veut critiquer Obama doit aller le faire dans les parcs en murmurant sinon il se fait maltraiter dans sa propre famille. De plus, Cockburn ne trouve aucune raison positive de voter pour Obama, mais seulement des raisons de voter contre McCain-Palin. Alors, lui ai-je demandé, que peut-on espérer ?

« D’après ce qu’on a vu jusqu’à présent, pas grand-chose. Ses positions pendant les quatre années au Sénat ont toutes été de centre droit, et plutôt opportunistes. Son instinct fondamental est le modérantisme, le bipartisanisme, le centrisme. La première fois que j’en ai entendu parler, c’était en 2006 quand il est allé dans le Connecticut pour soutenir aux primaires démocrates ce sale type qu’est Joe Liebermann (l’ex-candidat démocrate à la vice-présidence avec Al Gore en 2000, passé maintenant au soutien de McCain, et représentant de pointe du lobby juif) contre le candidat pacifiste.

Toutes les positions progressistes qu’il avait prises aux primaires pour conquérir la base de gauche, il les a ensuite reniées. Pour limiter la corruption électorale, il s’était engagé à limiter ses dépenses au financement public. McCain a tenu sa promesse, mais Obama dès qu’il a vu qu’il était en train de recueillir le triple des fonds de McCain a dit qu’il n’allait pas utiliser le financement public pour pouvoir avoir les mains libres. En février, il s’était déclaré contre les interceptions non autorisées par un juge et ensuite, en juin, il a voté pour, en soutenant que « la capacité de surveiller et pister des gens qui veulent attaquer les Etats-Unis est un outil vital de l’anti-terrorisme ». Il s’était légèrement rapproché des palestiniens, mais en juin dernier il a couru discuter avec le lobby juif pour déclarer son soutien sans faille à toute politique israélienne. Il avait promis un retour immédiat d’Irak, maintenant il se dit prêt à un retrait responsable, c’est-à-dire dilué dons le temps et partiel. Surtout, il s’est engagé à augmenter de 90.000 unités les forces armées et à augmenter encore plus le budget de la défense. Tiens compte du fait que, avec 635 milliards de dollars, le budget de l’an dernier a été en termes réels le plus haut de toute l’histoire américaine et que les Etats-Unis dépensent déjà maintenant pour le Pentagone plus d’argent que tout le reste du monde n’en dépense en budget militaire. Et Obama promet de bombarder une nation souveraine comme le Pakistan, et son vice-président Biden a déjà dit que les relations avec la Russie seront le premier test important de la nouvelle administration ».

Mais il faudra bien faire quelque réforme, étant donnée la crise économique.
« S’il continue comme maintenant, il fera quelques réformettes. Et surtout, il va engloutir en dépenses militaires les sous qu’il devrait consacrer aux réformes. S’il continue comme ça, il finira comme la Grande Société et la Guerre à la Pauvreté de Lyndon Johnson, qui furent englouties et passées à la moulinette par la guerre au Vietnam. Il sera pris en tenailles entre les réformes et, au contraire, renforcer l’empire. Et puis cette folie de la guerre en Afghanistan ! S’il ne prend pas des positons radicales, il est fini, et en deux ans il perd les élections de mi-parcours. Mais ses principaux conseillers sont de l’école monétariste, ce sont des Chicago boys. Et son ministre du Trésor viendra certainement d’un géant de Wall Street, si ce n’est pas Robert Rubin (ex-ministre du Trésor de Clinton), ce sera un autre de Goldman Sachs (dont le surnom est Government Sachs, vue la quantité de ministres qui viennent de la banque).

Wall Street a donné un paquet de sous à Obama qui en a ramassé un chiffre record. Si ça avait été les républicains qui aient recueilli cette même somme, tous les liberals (progressistes, NdT) d’Amérique (Etats-Unis, NdT) seraient maintenant là à couiner sur le grand capital qui veut faire élire son comité d’affaires. S’il est soutenu même par quelqu’un de droite comme Colin Powell et par la voix du capital mondial, c’est-à-dire le Financial Times, ça veut bien dire quelque chose ».

Mais les réformes ne sont pas venues de haut, le New Deal ça n’est pas Franklin Roosevelt qui est allé l’inventer, mais un très puissant mouvement social, une vague de grèves jamais vue. Même Johnson a lancé la « guerre contre la pauvreté », poussé par les révoltes noires et par les mouvements pour les droits civiques. A présent on ne voit rien de tel à l’horizon.
« Potentiellement il y a un très puissant mouvement populiste, même si pour le moment il est informel. Les gens sont dans une rogne noire avec le sauvetage des banques. Ils veulent voir les blancs de Wall Street pendus aux ponts. J’aime bien le sénateur du Montana, John Tester, quand il dit que les gens « veulent voir les blancs qui ont planté Wall Street ramasser les canettes vides le long des autoroutes, en tenue de prisonniers » (aux Usa, la manutention routière est faite par des détenus). Si Palin était moins conne, elle aurait le potentiel pour organiser ce mouvement et le pousser dans une voie poujadiste. Mais ça pourrait être un mouvement de gauche, si quelqu’un savait l’organiser, quelque chose pourrait arriver. Si Obama a la majorité parlementaire qu’il lui faut pour gouverner, la première chose qu’il devrait faire c’est une commission d’enquête pour incriminer les banquiers de Wall Street. Mais le fait est qu’Obama a fait comme si la gauche lui était acquise et s’est de plus en plus déplacé vers la droite. Et la gauche n’a rien fait pour lui mettre la pression. Elle n’a même pas essayé. Regarde quelqu’un comme Michael Moore qui avait soutenu Nader en 2000 : maintenant il n’a pas exprimé la moindre critique sur Obama. Même parmi nos lecteurs qui en 2000 étaient pour Nader : il y en a très peu maintenant qui vont voter pour la candidate verte Cynthia McKinney ou pour Nader. Le fait est que les jeunes d’aujourd’hui sont analphabètes politiquement. Les enfants de mon co-directeur Jeffrey St Clair sont fous d’Obama, mais aucun d’eux ne s’est inscrit sur les listes électorales. Ils devraient apprendre l’abc du conflit, peut-être relire un peu de Capital de Marx ».
L’Europe aussi charge Obama d’une immense expectative.

« Il y a une terrible inflation des expectatives et une attente exagérée pour ce qu’un président peut faire. En économie le président ne peut pas grand chose sans le Congrès. Ça me fout en l’air ces gens qui disent qu’Obama va restaurer l’autorité américaine, le bon nom de l’Amérique. On est tous content parce qu’Obama va restaurer l’empire américain ! Parce qu’il va être un empereur bon, un Titus Flavius. Mais on est devenu fou ? Personne ne sait plus ce qu’est l’internationalisme. Si tu vivais au 4ème siècle, qu’est-ce que tu voudrais ? Un empereur bon ou bien que les barbares se déversent sur l’empire pour le faire disparaître ? La gauche ne sait plus où est passé l’anti-impérialisme. S’il n’est pas con, Obama fermera Guantanamo et mettra les tortures hors la loi, mais rien que les tortures les plus extrêmes, pas toutes. Et comme ça il sera un bon empereur et il renforcera l’empire et il pourra bombarder l’Afghanistan, étrangler de faim les Palestiniens, renverser Chavez, reprendre le contrôle de l’Amérique latine. De ce point de vue, Bush a été un excellent président, il a plus fait, lui, pour miner l’empire que n’importe quel anti-impérialiste au monde. Nous ne devons pas nous souhaiter des Titus Flavius (1), mais des Néron. Vive Domitien ! (2) »

 

MARCO D’ERAMO
Envoyé spécial aux Etats-Unis

Edition de dimanche 2 novembre de il manifesto
http://abbonati.ilmanifesto.it/Quot...

Traduit de l’italien par Marie-Ange Patrizio

(1) Voir http://fr.wikipedia.org/wiki/Titus_...

(2) Voir http://www.universalis.fr/encyclope...

(*) je laisse le terme "américaine" mais corrige, une fois pour toutes dans le reste de l’article : étasunienne, NdT.



12/11/2008
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