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pierre-yves salingue — contre les putschistes

Contre les putschistes de  Ramallah
Soutien à la résistance du Peuple palestinien



Les récents développements de la situation à Gaza et en Cisjordanie interpellent
une nouvelle fois toutes les forces qui se revendiquent de la solidarité avec le
Peuple palestinien.
Dénonçant une " tentative de coup d'état " par le Hamas à Gaza, Mahmoud Abbas a
prononcé la dissolution du " gouvernement d'union nationale " constitué après
l'accord de la Mecque, décrété l'état d'urgence et désigné Salam Fayyad comme
nouveau Premier ministre à la place de Ismail Haniyeh. Compte tenu de l'état
d'urgence décrété, le nouveau Premier ministre n'aura pas besoin de solliciter
l'investiture du Conseil législatif, échappant ainsi à l'éventuelle sanction
d'un parlement déjà affaibli par l'arrestation de plus de la moitié des élus
Hamas de Cisjordanie, cependant que ceux élus à Gaza ne peuvent venir siéger à
Ramallah !
Dans les heures qui ont suivi, le gouvernement des Etats-Unis, la Communauté
européenne et le gouvernement israélien ont fait part de leur satisfaction et
annoncé un renforcement de leur soutien à Abbas : un gouvernement sans le Hamas
autorise la levée du blocus, le rétablissement des aides, la restitution des
fonds illégalement confisqués etc.
La Ligue arabe a suivi de près, après quelques hésitations témoignant des
inquiétudes de certains dirigeants arabes à se compromettre chaque fois
davantage en s'alignant trop explicitement sur leurs maîtres impérialistes.

Quelles que soient les apparences et quelles que soient les exactions réellement
commises à Gaza, il faut rétablir la vérité : Les putschistes ne sont pas ceux
que les médias aux ordres ont accusé d'avoir " livré Gaza aux pillards " mais
ceux qui ont, depuis la signature des accords d'Oslo, livré la Palestine toute
entière à la colonisation sioniste.
Mahmoud Abbas, " grand architecte " de la trahison d'Oslo était sans nul doute
le plus qualifié pour être le grand chambellan de cette révolution de palais
destinée à donner aux gouvernements impérialistes et à l'Etat sioniste le
gouvernement palestinien qu'ils appelaient de leurs vœux. Salam Fayyad, dont le
passé de haut-fonctionnaire du FMI et de la Banque Mondiale garantit le sens du
respect des exigences économiques et financières de l'ordre impérialiste, n'a
aucun poids politique en Palestine (2,4% des suffrages lors des dernières
élections du Conseil législatif), il ne bénéficie du support d'aucune
organisation et ne représente donc aucun danger pour les petits barons du Fatah,
supplétifs de l'état colonial et disposés à se contenter d'une place subalterne
dans le projet impérialiste pour le Moyen-Orient.
Quant au nouveau ministre de l'intérieur, Abdel Razaq Yehiyeh, il s'était déjà
rendu célèbre quand il occupait la même fonction dans le premier gouvernement
d'Abbas, en déclarant en septembre 2002 que " Tous les actes de résistance
caractérisés par de la violence tels le recours à des armes et même à des
pierres (...) sont nuisibles " Le putsch, dont le principe avait été décidé dès
les lendemains de la victoire électorale du Hamas en janvier 2006, a été
envisagé et repoussé à plusieurs reprises.
Faute de pouvoir passer à l'acte rapidement, compte tenu de la volatilité de la
situation régionale, suite notamment à l'agression israélienne contre le peuple
libanais, Abbas et la direction du Fatah ont systématiquement refusé au Hamas le
droit d'exercer le mandat qu'il avait reçu des électeurs de Gaza et de
Cisjordanie.
Le conflit en résultant avec le Hamas s'est progressivement focalisé sur la
question du contrôle des forces de sécurité, Abbas et le Fatah refusant au Hamas
d'exercer ses prérogatives de parti majoritaire dans ce domaine particulièrement
sensible compte tenu du rôle protecteur des intérêts israéliens confiés à
l'Autorité palestinienne.
Cette décision était aussi destinée à provoquer une réaction violente de la part
du Hamas et à trouver ainsi l'alibi dont Abbas et la direction du Fatah étaient
privés du fait de la trêve respectée par le Hamas dans les attaques contre
Israël.
Du gouvernement fantôme mis en place par Abbas à sa menace de recourir à un
référendum instrumentalisant le document des prisonniers en mai 2006, de la
provocation à la grève contre le nouveau gouvernement, en refusant de payer les
salaires des fonctionnaires de l'Autorité alors que les caisses de la Présidence
étaient pleines, aux interminables négociations relatives à un gouvernement
d'unité, - d'abord refusé par le Fatah puis posé comme une condition de partage
des pouvoirs - les émules palestiniens de Pinochet ont cherché à gagner du temps
pour augmenter leurs chances de succès dans une confrontation qui s'annonçait
difficile, notamment à Gaza.
Depuis plus d'un an les informations ont filtré, confirmant la décision prise
d'éliminer l'obstacle issu du vote démocratique de janvier 2006 : aide
financière exceptionnelle de 75 millions de dollars du gouvernement des
Etats-Unis et fournitures d'armes avec l'accord des Israéliens pour le
renforcement de la garde présidentielle d'Abbas, entraînement de ces mêmes
forces à Jéricho et en Egypte etc.

Il faut bien entendu dénoncer la farce démocratique consistant à présenter comme
légitime un Premier ministre ayant obtenu 2,4% aux élections, quand celui choisi
par le parti qui avait obtenu 43% ne l'était pas !
A ceux qui parlent de " coup de force du Hamas " à Gaza, il faut rappeler ce que
tout observateur impartial de la situation à Gaza sait et qui a été maintes fois
expliqué par les journalistes et commentateurs qui ne prennent pas leurs
informations auprès du Mossad ou de l'ambassade des USA en Israël : L'initiative
du terrorisme inter-palestinien et de la violence à Gaza appartient au fasciste
maffieux Dahalan qui a tout fait pour créer une situation de chaos susceptible
de justifier une intervention répressive brutale. Or, malgré son échec à Gaza,
c'est Dahalan que Mahmoud Abbas a choisi pour l'accompagner dans sa rencontre le 16 juin avec le Consul général des Etats-Unis, pour y prendre ses consignes et
recevoir les félicitations du gouvernement des Etats-Unis et c'est ce même
Dahalan qui déclarait dimanche 17 juin à des responsables jordaniens qu'un plan
de reconquête de Gaza et d'élimination des forces du Hamas était à l'ordre du
jour.
Dans le même temps Barak, nouveau ministre de la défense israélien et premier
artisan avant Sharon de la répression de la deuxième Intifada, passait commande
à l'Etat-major de l'armée israélienne de plans d'attaque massive contre Gaza.

Il faut donc refuser toute symétrie et tout renvoi dos à dos entre d'une part le
camp de ceux qui ont depuis longtemps brisé l'unité du Peuple palestinien,
notamment en signant la reddition d'Oslo, ceux qui ont vendu la Palestine pour
quelques avantages financiers et de prestige, ceux qui sont toujours prêts à
brader ce qui reste d'une Palestine colonisée, dépecée et martyrisée pendant
qu'ils " négociaient " avec leurs comparses sionistes et ceux qui, quels que
soient leurs défauts, leurs erreurs et leurs contradictions ont reçu en janvier
2006 l'appui de la majorité de la population parce qu'ils incarnaient la
poursuite de la résistance et le refus de la corruption et de la collaboration
avec l'occupant israélien.

S'agissant du Hamas, les prochaines semaines seront décisives. Soit ses
dirigeants prennent conscience de l'erreur consistant à croire et à entretenir
l'illusion qu'il est possible de gouverner dans l'intérêt de la population
palestinienne dans le cadre du dispositif d'Oslo, créé pour briser l'unité de la
cause palestinienne et liquider la question nationale et pour protéger les
avantages et privilèges de ceux qui ont renoncé à incarner cette lutte et ses
objectifs. Soit ils s'obstinent à penser qu'ils peuvent utiliser ce dispositif
et y faire la démonstration de leurs aptitudes à gouverner et à simultanément
défendre les objectifs de libération.
Dans le premier cas, le Hamas fera le choix de quitter et de dénoncer l'Autorité
et d'en revenir à l'action politique de résistance, avec l'objectif de
contribuer à la reconstruction d'un mouvement de libération rendue nécessaire
par la faillite de l'OLP dominée par le Fatah d'Arafat et d'Abbas.
Dans le deuxième cas, il sera à son tour victime des contradictions de cette
stratégie calamiteuse pour le mouvement national palestinien et, à l'image de ce
qui est arrivé au Fatah et à l'OLP, il abandonnera les objectifs de libération
nationale et se retrouvera à quémander l'autorisation de s'asseoir à la table du
maître, à l'encontre des intérêts véritables du Peuple palestinien.
Aujourd'hui la pièce n'est pas jouée mais il faut bien constater l'existence de
signes inquiétants.
Dans une récente interviewe au Figaro (15 juin 2007) Haniyeh a déclaré :
"
…notre programme est clair. Nous souhaitons la création d'un état dans les
frontières de 67, c'est à dire à Gaza et en Cisjordanie avec Jérusalem Est pour
capitale. L'OLP reste en charge des négociations. Nous nous engageons à
respecter tous les accords passés, signés par l'Autorité palestinienne… "
Dans le même temps Kahled Mechaal déclarait depuis Damas que Abbas était
légitime, comme le Fatah et comme le Hamas, qu'il fallait reprendre le dialogue
inter-palestinien sous supervision arabe, qu'il n'y avait pas de crise réelle
entre le Fatah et le Hamas etc.
On saura rapidement s'il ne s'agit que de propos tactiques visant à surmonter
les dangers d'isolement pesant aujourd'hui sur le Hamas, ou si on voit là
s'affirmer la possible adaptation opportuniste d'une organisation qui se réfère
en définitive d'abord à l'idéologie des Frères  Musulmans et qui ferait le choix
de prioriser sa survie, pour poursuivre un combat plus important pour elle que
la libération de la Palestine, celui de son islamisation qui ne saurait se
réaliser qu'à long terme et suivant des modalités bien différentes ce celles
d'une lutte de libération nationale.
De ce point de vue il est assez tragique de constater, une fois encore,
l'absence totale d'une claire alternative permettant aux militants palestiniens
de gauche de disputer aux courants islamiques l'expression populaire de la
résistance à l'offensive impérialiste et aux plans sionistes.
Dans un  communiqué daté du 14 juin, le FPLP en appelait à la fin des combats
inter-palestiniens, à " un dialogue national total " et pointait la
responsabilité dans les évènements de l'accord de La Mecque, au seul motif qu'il
consolidait " le dualisme " Fatah/ Hamas sans donner leur place aux autres
forces politiques palestiniennes… On n'y trouve aucune dénonciation du rôle
d'agent de l'impérialisme joué par Abbas, ni dénonciation des responsabilités
particulières de la direction du Fatah dans " l'effondrement des valeurs et des
principes ",  ni énoncé de la faillite inévitable de toute recherche d'une
solution ne brisant pas le cadre des accords d'Oslo.
On y chercherait en vain l'affirmation de l'impossibilité d'une " unité
nationale " entre forces qui veulent résister et forces qui veulent liquider
toute résistance populaire etc.

Pour autant, pour les forces qui veulent soutenir le Peuple palestinien, il
convient de ne pas chercher d'alibi à l'inaction dans l'absence d'alternative
claire au cours politique catastrophique suivi par les forces principales du
mouvement national palestinien.
S'il faut bien entendu dénoncer les responsabilités premières de l'impérialisme
et de l'Etat sioniste dans la situation actuelle du Peuple palestinien, s'il
n'est pas faux de dire que les affrontements inter-palestiniens sont une
conséquence directe de l'occupation coloniale, on ne peut en rester là et encore
moins se contenter de " condamner la violence suicidaire inter palestinienne " (
!) comme le fait un communiqué de l'AFPS publié le 15 juin. Le courant
politique, regroupé autour d'Abbas et de Dahalan et qui dirige le Fatah, n'est
pas un courant avec lequel celles et ceux qui soutiennent la résistance du
Peuple palestinien ont seulement " des divergences " : c'est un courant avec
lequel nous devons rompre tout lien et que nous devons combattre sans
concession. On ne peut pas se mobiliser aux côtés d'un peuple qui lutte pour ses
droits et, dans le même temps, aider à propager la parole de celles et ceux qui
liquident ces droits.

Dans le coup de force d'hier comme dans ceux à venir prochainement, il faudra
choisir son camp.

Pierre-Yves Salingue
le 17/06/2007



19/06/2007
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