albatroz - images, songes & poésies

albatroz - images, songes & poésies

Prolétaires de tous les stades, unissez-vous !

Prolétaires de tous les stades, unissez-vous !

Ce soir, Adana DemirSpor et l'AS Livorno Calcio affronteront ensemble le racisme et le capitalisme

Dans l'univers maffieux, raciste et friqué du football, l'équipe de l'AS Livorno Calcio qui joue aujourd'hui en série A, c'est comme une bouffée d'air antifasciste, un vent d'espoir social, l'affirmation véhémente d'une conscience prolétaire combative et digne. Les milliers de supporters de cette équipe créée en 1915 par des ouvriers des chantiers navals, arborent fièrement des drapeaux rouges frappés du marteau et de la faucille ou de l'effigie de Che Guevara dans les tribunes bouillonnantes du stade principal de cette ville toscane qui vit naître en janvier 1921, le légendaire Parti communiste italien d'Antonio Gramsci.

Il n'est d'ailleurs pas rare de croiser des tifosi en T-shirts portant l'inscription « Stalingrad 43 », une ville et une année qui virent sonner le glas pour l'Empire nazi et ses alliés mussoliniens devant la résistance soviétique.

En novembre 2003, les supporters de l'AS Livorno avaient refusé d'observer une minute de silence en hommage aux 19 soldats italiens tués à Nassirya par la résistance irakienne. Ils avaient même eu l'audace et le culot de crier : « 10, 100, 1000 Nassirya ! » Plus récemment, en hiver dernier, les « compagni » ont brûlé de nombreux drapeaux israéliens pour saluer les habitants de Gaza subissant l'enfer des bombardements.

Adana Demirspor, c'est l'équipe fétiche de la ville méridionale d'Adana en Turquie, l'ancienne Antioche de Cilicie, où il y a moins d'un siècle, vivaient encore plusieurs dizaines de milliers d'Arméniens avant que les milices ottomanes d'Abdulhamid II d'abord, les troupes jeunes-turques ensuite, ne les déportent et ne les massacrent.

Adana reste néanmoins une ville multiethnique où cohabitent Turkmènes, Kurdes, Arabes, et Circassiens et où se développe une contre-culture vivace qui s'affirme notamment dans les tribunes de l'Adana Demirspor.

On y chante par exemple les chansons révolutionnaires du groupe Yorum. On y agite le drapeau rouge à l'effigie du guérillero argentin. On y défend des causes écologiques ou sociales à tue-tête ou sur des banderoles.

Après l'assassinat du journaliste arménien Hrant Dink le 19 janvier 2007, les tribunes de l'Adana Demirspor avaient fait la une des médias turcs parce que des supporters avaient crié : « Nous sommes tous des Hrant Dink. Nous sommes tous des Arméniens ».

Quand ils accueillirent l'équipe de Trabzon, la ville à majorité de droite dont est originaire Ogün Samast, l'assassin de Hrant Dink, les « taraftar » d'Adana Demirspor avaient composé un jeu de mot à partir du nom du tueur, Ogün signifiant en turc : « ce jour-là ». « Les Ogün (ces jours-là) sont à vous, les lendemains seront à nous » avaient-ils lancé vers les tribunes adverses pour leur signifier que les antifascistes auront le dernier mot.

Créée en 1940 par des ouvriers des chemins de fer, Adana Demirspor, c'est donc aussi un peu le pendant anatolien de l'AS Livorno, quoique doté d'un palmarès militant et sportif plus modeste.

Il y a dix ans, cette équipe ouvrière, était encore en Süperlig, la D 1 turque. Mais depuis, le club a chuté et se retrouve aujourd'hui dans le groupe 4 de la D 2.

Le club reste néanmoins très populaire dans la région d'Adana, et, plus généralement, dans le peuple de gauche de toute la Turquie. Ce soir, Adana Demirspor accueillera dans son « stade du 5 juin », la squadra de Livourne devant plus de 16.000 spectateurs, pour un match amical exceptionnel qui sera placé sous le signe de l'antiracisme.

Hier soir, les supporters et les joueurs de l'AS Livorno ont été accueillis par des supporters d'Adana Demirspor chantant « Bella Ciao » en turc.

Ce match, ce sera en somme le combat uni des ouvriers italiens et turcs contre un ennemi de classe commun qui aligne de nos jours deux attaquants aussi acharnés que vicieux, deux grands buteurs du capitalisme international pour qui tous les coups sont permis : Erdogan et Berlusconi.

 Bahar Kimyongür

Fervent supporter des supporters antifascistes des deux équipes

Le 4 septembre 2009



06/09/2009
0 Poster un commentaire

A découvrir aussi


Inscrivez-vous au blog

Soyez prévenu par email des prochaines mises à jour

Rejoignez les 830 autres membres