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un médécin en palestine occupée

Un médécin en Palestine occupée

Notes de mission du Dr Christophe Denantes

 


Le Dr Christophe Denantes, anesthésiste-réanimateur hospitalier, assure régulièrement des missions dans les territoires palestiniens occupés, où il traite aussi bien des patients victimes de blessures causées par les tirs israéliens que d'autres souffrant de malformations congénitales. Il rend compte, ci-dessous, de son dernier déplacement.

Nous sommes 4 volontaires à participer à cette mission de formation. Trois autres, qui avaient accepté d'y participer se sont désistés, sous la pression des événements et de leur famille.

Samedi 30 juin En cet veille de départ, j'appelle à Gaza, le coordinateur de l'association non gouvernementale (ONG) qui organise la mission. Il est depuis 8 jours en attente d'une autorisation israélienne pour le passage du check point d'Erez qui sépare Israël de la Bande de Gaza. Sans ce feu vert, nous ne pourrons pas entrer dans la Bande de Gaza. Cela s'est produit en juillet 2006, après la capture du soldat israélien Shalit et le déclenchement de la guerre contre le Liban, où l'accès à la bande de Gaza nous avait été refusé. Renonçant à notre programme initial, nous avions alors conduit notre mission à Djénine, en Cisjordanie.

Dimanche 1er juillet.  Arrivée à l'aéroport de Tel-Aviv de l'équipe composée de Faouzia, infirmière, d'Olivier chirurgien junior, de Christophe Oberlin, chirurgien et de moi-même anesthésiste-réanimateur. Un sac de voyage dans lequel se trouve du matériel médical (aiguilles de neurostimulation et capnographe) est manquant et nous demandons qu'il soit livré à Jérusalem. Au moment où j'écris ces lignes, le sac n'est toujours pas récupéré malgré plusieurs relances de ma part depuis Gaza puis Jérusalem et Paris De Tel Aviv nous rejoignons le Check Point d'Erez, à l'entrée nord de la bande de Gaza. dont les aménagements constituent une surprise renouvelée à chaque passage. Cette fois ci, nous découvrons un énorme bâtiment, genre hall d'aérogare, fraîchement climatisé, éblouissant d'éclairage où nous sommes les seuls, malgré la dizaine de guichets. Les préposés de ces guichets sont les habituelles jeunes conscrites de l'armée israélienne, qui rigolent entre elles, mais s'adressent à nous sur un ton peu amène, criant dans le micro qu' il est interdit de s'asseoir à tel ou tel endroit, ou encore de sortir un cahier et d'y écrire. Peut-on parler ? demande l'un d'entre nous. Faouzia refoulée rejoint Jérusalem L'équipe, privée de son infirmière, se retrouve dans un long couloir qui se termine sur une pièce où l'on entre par un tourniquet et qui ne semble pas avoir de sortie. On pousse après nous un Palestinien dont on enlève au dernier moment les menottes, sous la menace de deux fusils israéliens. L'homme, docile, émet quelques sons : c'est un sourd muet, expulsé dans la bande de Gaza. Une porte blindée coulissante s'ouvre mystérieusement sur un autre couloir à peine éclairé et nous quittons Israël. Au sortir de ce couloir d'une centaine de mètres, les cahutes qui faisaient office de poste d'entrée en territoire palestinien ont disparu, totalement rasées, tandis que la route a été détruite sur plusieurs centaines de mètres. Nous marchons dans la nuit, guidés au loin par les phares du véhicule du coordinateur de l'ONG qui nous attend. Nous rejoignons Khan Younès où nous sommes accueillis à dîner par le Dr Yassin, après avoir déposé nos affaires à l'hôtel du Croissant Rouge palestinien

Lundi 2 juillet. Le directeur l'hôpital Nasser nous accueille. La 1° journée est une journée de consultation -9h-21h- avec une centaine de patients, examinés avec le Dr Yassin de l'hôpital Nasser , le Dr Fayez de l'hôpital Shiffa à Gaza ville , et les 10 chirurgiens inscrits au « Diplôme Universitaire (DU) de chirurgie de la main » qui travaillent dans les hôpitaux de Gaza, Khan Younès et Rafah. A l'issue de la consultation, les chirurgiens sélectionnent des patients présentant des malformations congénitales et d'autres présentant des lésions nerveuses périphériques qui bénéficieront d'une chirurgie curative (suture nerveuse) ou palliative (transfert tendineux). Les étudiants inscrits au DU de chirurgie de la main ont un mémoire à faire, et dans ce cadre, ils assurent le suivi des 500 patients déjà opérés par nos équipes depuis 2002 dans la bande de Gaza Soirée chez un chirurgien de l'hôpital de Nasser qui suit le cours du DU de chirurgie de la main après avoir validé le DU de microchirurgie. Il y a là sa famille et des voisins dont un vice-ministre des affaires religieuses. Je le questionne sur l'attaque de l'église catholique pendant les affrontements entre Hamas et Fatah qui se sont déroulés entre le 12 et le 15 juin. Il me dit que les Eglises ont été protégées par la force Exécutive –milice du Hamas- après que l'une d'elle, « the Holy Family Church » avait été l'objet de dégradations.

Mardi 3 juillet Au programme opératoire 2 interventions : Une chirurgie de transfert tendineux permettant de redonner une fonction de préhension à la main paralytique d'un adolescent de 16 ans. Une chirurgie réparatrice nerveuse chez un adulte de 40 ans lui permettant de récupérer partiellement une sensibilité et une motricité de la main. Christophe Oberlin se partage entre le travail au bloc opératoire, où il supervise le travail du Dr Yassin, et l'enseignement de chirurgie de la main. En fin de journée, nous faisons un tour de la ville avec le Dr Yassin qui nous montre les quartiers où se sont déroulés les combats qui ont opposé les forces du Fatah à celles du Hamas 15 jours plus tôt. Les bâtiments du Fatah, dont certains sont éventrés témoignent de la violence des combats. Ils sont gardés par des policiers pour éviter les pillages. Nous passons devant la maison de Mohamed Dahlan député Fatah, conseiller à la sécurité nationale du président Mahmoud Abbas et chef d'une milice appelée « force préventive ». Il est accusé par nos hôtes d'avoir fait entrer des hommes et des armes pour renforcer les milices du Fatah à Gaza dans le cadre du « plan Dayton ». Nous découvrons l'existence de ce général Keith Dayton, « coordinateur » américain entre Israël et les Palestiniens sur les questions de défense. Le Fatah préparait une offensive contre le Hamas où Israël jouait un rôle actif donnant son feu vert à l'entrée d'une importante quantités d'armes et d'hommes. Contact avec le consulat de France à Jérusalem et la presse (Le Monde, La Croix et RFI) pour les informer que Faouzia est bloquée depuis 48h à Jérusalem. La coordination israélienne obéit à des règles imprévisibles mais quand l'un de nous est interdit d'entrée, c'est toujours celui qui a un nom à consonance arabe (délit de patronyme) C'est la 3° fois qu'un soignant français d'origine maghrébine participant à nos missions est empêché de passer Erez. Nos démarches ont, peut-être été efficaces, car Faouzia Yagoubi nous rejoint à Khan Younès vers 20h. Mercredi

4 juillet Le Dr Yassin nous appelle pour nous annoncer la libération sans effusion de sang d'Alan Johnston, journaliste de la BBC enlevé le 13 mars par un groupuscule appelé « l'armée de l'islam », lié à un clan local aux affiliations et allégeances variables, le clan Doghmush Alan Johnson au moment de son enlèvement était le seul journaliste permanent occidental en poste à Gaza. C'est aussi le premier journaliste a avoir été retenu pendant un temps sinificatif, près de trois mois, alors que les précédentes « interpellations » d'étrangers n'avaient duré en général que quelques heures, sans dommages pour les personnes concernées, mais contribuant à nourrir la rumeur sur l'insécurité dans la bande de Gaza depuis la victoire « des islamistes » du Hamas aux élections législatives de Janvier 2006 Le clan Doghmush est réputé entretenir une milice de plusieurs milliers de personnes, louant ses services aux forces du Hamas et du Fatah et se livrant au trafic d'armes et à l'enlèvement d'étrangers. Pour obtenir cette libération le Hamas a négocié avec la famille s'engageant à ce que les Doghmush ne soient pas inquiétés, à condition de ne plus faire parler d'eux. Au programme opératoire 2 interventions : Une chirurgie pour malformation congénitale chez un nourrisson de 5 mois opéré de ses 2 mains et une chirurgie de réparation de lésions nerveuses affectant les membres supérieurs d'un adulte de 27 ans. Soirée sur une plage à côté du village de Mawassi avec le Dr Yassin et des membres du personnel de l'hôpital. A notre arrivée, nous croisons des enfants palestiniens qui après avoir passé la journée sur la plage avec leur école repartent en car, et des familles nombreuses qui profitent de la douceur du soir. De jeunes mères de famille après s'être baignées en voile et robes longues avec leurs enfants ont invité Faouzia à partager leur pique-nique

Jeudi 5 juillet Deux interventions au programme opératoire de la journée : la chirurgie de la main brûlée d'une enfant de 2 ans qui est greffée avec un lambeau inguinal qui a pour but de lui redonner une plasticité et une fonction de préhension. Une chirurgie palliative chez un jeune adulte de 21 ans tétraplégique –avec paralysie complète des membres inférieurs et partielle des membres supérieurs- permettant de redonner une fonction de pince à sa main paralytique. Je fais un cours sur l'anesthésie loco-régionale du membre supérieur aux étudiants du DU de chirurgie de la main. Un étudiant valide son « DU de microchirurgie » en suturant sous microscope une carotide, l'aorte et un nerf sciatique de lapin. La soirée « first class » promise par le Dr Yassin à Gaza ville est une rencontre avec Ismail Haniyé le Permier ministre du gouvernement déposé par le président Mahmoud Abbas le 14 juin suite à l'expulsion des milices du Fatah par la milice du Hamas et à la prise de contrôle de la bande de Gaza par le Hamas, Ahmad Baher, le premier vice-président du Conseil légistatif palestinien (CLP) et Mahmoud Zahar le ministre des affaires étrangères du gouvernement déposé. Je résumerai les quelques grands messages de nos hôtes au cours de cette soirée débutée vers 20h et qui s'est terminée vers 22h30, entrecoupée par un repas et 2 prières –celles de 20h et 22h-, ainsi que par le reportage en boucle sur la télévision qatarie Al-Jazira d'une incursion israélienne le matin dans le camp de réfugiés de Al-Bureij au centre de la bande de Gaza au cours de laquelle 11 palestiniens ont été tués et plusieurs blessés. Parmi eux, Emad Ghanem, un caméraman âgé de 23 ans qui couvrait l'événement pour la télévision « Al-Aqusa TV », -chaîne généraliste lancée par le Hamas en Novembre 2005- grièvement blessé aux jambes par des balles tirées par des soldats israéliens alors qu'il gisait à terre, sans arme, la caméra à ses côtés. Ismaïl Haniyé nous parle de la fondation du Hamas, évoquant le souvenir de Sheikh Yasin et d'Abdel Aziz Rantisi. Il nous parle des 2 gouvernements qu'il a dirigés. Le gouvernement Hamas issu des élections législatives de janvier 2006 remplacé par un gouvernement d'union nationale suite à la signature en Arabie Saoudite et sous l'égide internationale d'un accord entre le Hamas et le Fatah en février 2007. Israël a refusé de reconnaître ce gouvernement d'union nationale, effectuant en avril le premier grand raid depuis plus de 4 mois à Gaza A partir de la mi-mai et au lendemain du renforcement par des centaines d'hommes des milices du Fatah, la Force Exécutive du Hamas composée de 5000 hommes affronte les forces de sécurité du Fatah composée de 7 000 hommes. Ces milices du Fatah à l'origine de violences, de crimes, de clash tribaux et d'enlèvements de Palestiniens et d'étrangers depuis les élections commençaient à s'en prendre à des proches du Hamas. En réponse à l'assassinat de 3 hommes du Hamas par des miliciens du Fatah, le plus jeune, âgé de 21 ans, étant un neveu du Dr Yassin, les milices du Hamas ont attaqué les quartiers généraux du Fatah le 12 juin et pris le contrôle de la bande de Gaza le 15 juin . Le comité international de la Croix Rouge (CICR) a fait état d'au moins 116 morts et 550 blessés entre le 1° et le 15 juin. Mahmoud Zahar revient sur l'enlèvement d'Alan Johnston libéré la veille. Il rapporte ce propos du journaliste après sa libération : « Mes geôliers ne parlaient pas anglais, mais parfois un homme parlant un anglais impeccable venait m'interroger » et lui de conclure « C'était un officier du Fatah » Ahmad Baher, premier vice-président du Conseil légistatif palestinien (CLP), nous parle de la paralysie du parlement depuis 4 mois. Le parlement qui communiquait par vidéoconférence – les députés de Gaza ne pouvant se rendre à Ramallah siège du CLP— n'a plus de majorité depuis que 45 élus dont 40 du Hamas ont été arrêtés sans accusation et sont détenus sans jugement dans des prisons israéliennes. Les Israéliens ont arrêté le nombre de députés nécessaire pour faire basculer la majorité du côté Fatah, les députés arrêtés n'ayant pas de suppléants Il accusent Mahmoud Abbas et le gouvernement intérimaire qu'il a nommé de vouloir déstabiliser le gouvernement légitime du Hamas par des décrets entravant la vie dans la bande de Gaza — interdiction aux fonctionnaires de se rendre sur leurs lieux de travail, suppression des taxes sur les produits importés et certains services pour assécher délibérément les finances publiques. Le président Mahmoud Abbas aurait également passé des accords avec Israël contribuant à renforcer le siège de Gaza et à briser la résistance palestinienne plus particulièrement en Cisjordanie. Ils accusent les USA en collaboration avec l'Europe, et les pays arabes de participer à cette déstabilisation de la Bande de Gaza. Ils relèvent le blocage de Rafah, poste frontière entre l'Egypte et la Bande de Gaza et seul point de passage vers le monde extérieur où sont bloqués 6000 palestiniens qui cherchent à entrer en Palestine. L'ouverture d'un poste frontière via Israël à Kerem Shalom sous contrôle exclusivement israélien aurait été proposé par le gouvernement d'Abbas pour empêcher 2000 des 6000 palestiniens soupçonnés de sympathie pour le Hamas de rentrer à Gaza

Vendredi 6 juillet. Aujourdui, une chirurgie de main congénitale sur les 2 mains d'un nourrisson polymalformé de 3 mois qui présente un syndrome d'Alpert pour laquelle je fais déplacer un collègue anesthésiste pour une intubation difficile. Une chirurgie réparatrice nerveuse avec la suture d'un nerf cubital par un greffon sural chez un adulte de 32 ans. Après la pose pour la prière du vendredi, je fais un cours sur le traitement médical de la polyarthrite rhumatoïde. Soirée dans la famille du Dr Yassin à laquelle participe son frère dont le fils, âgé de 21 ans, a été enlevé et assassiné au début des affrontements

Samedi 7 juillet. Au programme opératoire une seule intervention. Une chirurgie de main congénitale avec ce qu'on appelle la pollicisation d'un doigt chez un enfant de 1 an, dont la main est dépourvue de pouce, et qui vise à donner une fonction de pince à l'un des 4 doigts Déjeuner avec le Dr Basem Na'im ministre de la santé, des sports, et des prisonniers, où nous retrouvons le Dr Yassin, le directeur de l'hôpital et le coordinateur de l'ONG, ainsi qu'une équipe de la chaine de télévision « France 24 », dans un restaurant du port de Gaza. Basem Naïm nous parle des points de frictions avec le gouvernement intérimaire : le non paiement de 31 000 fonctionnaires et la suspension de 700 militaires et 300 policiers nommées depuis fin 2005 qui ont un délai de 1 mois pour déposer un recours. La diminution des ressources financières avec la suppression d'une franchise médicale (3NIS) et de taxes sur les médicaments qui alimentaient les caisses du gouvernement. Le changement des 2 jours de repos (vendredi et samedi versus jeudi et vendredi). Je le questionne sur le problème de l'approvisionnement en médicament et matériel médical. Il est assuré pour 3 classes de médicaments (vaccins, antibiotiques et antalgiques) avec un stock de 3-4 semaines mais parfois pose problème pour les autres classes de médicaments. Et il n'y a plus d'approvisionnement pour les anti-cancéreux, une agence des Natins-Unies ayant décidé de ne plus en livrer, au motif que le produits sont trop chers, et concerneraient trop peu de cas ! Passage à l'hôpital Shiffa où nous rendons visite au cameraman de la télévision Al-Aqsa, Imad Ghanem, 23 ans, vu à la télévision jeudi 5 juillet blessé aux jambes par des balles alors qu'il gisait à terre, sans arme, la caméra à ses côtés. Il est amputé en jambe à droite et en cuisse à gauche Nous quittons la Bande de Gaza via Erez . Etape à Jérusalem où nous visitons la vieille ville. Fouzia Yagoubi, Olivier Marès et Christophe Oberlin rejoignent l'aéroport Ben Gourion. Je reste à Jérusalem

Dimanche 8 juillet Déjeuner chez les dominicains de l'Ecole biblique de Jérusalem où le nouveau prieur me parle d'exactions subies par les 4000 chrétiens -dont 200 catholiques- de Gaza. Il me fait lire un mail affiché à l'entrée du réfectoire provenant d'un site d'une communauté de dominicaines américaines « Adrian Dominican Sisters » du Michigan. Dans l'esprit de mes hôtes, la Bande de Gaza distante d'une centaine de kilomètres semble beaucoup plus loin que l'Etat du Michigan.

Lundi 9 juillet. Passage au consulat de France à Jérusalem. On me confirme que tous les ressortissants et les diplomates français ont évacué Gaza à l'exception de l'un d'entre eux d'origine palestinienne et que le consulat n'a pas de contact avec les membres du gouvernement de la bande de Gaza. La diplomatie française alignée sur la diplomatie américaine considère toujours un gouvernement élu démocratiquement comme une entité terroriste alors qu'il y aurait, je pense, un rôle de médiation à jouer entre Palestiniens du Hamas et du Fatah et entre Palestiniens du Hamas et occidentaux

Mardi 10 juillet. De Jérusalem je rejoins Djénine via Ramallah. Un service de bus fait la navette entre Jerusalem à Ramallah via le check point de Qalandia qui ressemble de plus en plus à un poste frontière. De Ramallah je rejoins Djénine en taxi avec sur la route 5 checks-points israéliens. A chacun d'entre eux, le temps d'attente est imprévisible, il y a toujours un contrôle des papiers d'identité, et parfois une fouille du véhicule et de ses passagers. A l'hôpital de Djénine -où j'ai fait plusieurs missions pendant la 2ème intifada- je retrouve le Dr Yaser, un gynécologue, un radiologue et un anesthésiste-réanimateur que mon récit de la situation dans la Bande de Gaza – je parle de la paix civile grâce à la fin de la guerre des milices - fait réagir. Le Dr Yaser, membre du Fatah, dénonce le coup de force du Hamas, les règlements de compte et les méthodes expéditives utilisées par le Hamas contre les membres des « forces de sécurité » et aussi contre les familles de « martyrs » du Fatah. Il cite un reportage de la télévision « El-Aqsa » où l'on voit Sameeh al-Madhoon, membre des Forces de Sécurité préventive et commandant des Brigades des Al-Aqsa de Gaza agonisant, alors que des hommes du Hamas prennent la pose près de lui. Il dénonce les exactions contre les églises que le Hamas n'a pas sanctionnées. Il craint que ce qui s'est passé en Algérie avec le FIS ne se reproduise dans la bande de Gaza avec la complicité des Américains, des Israéliens et des pays arabes. Le Dr Yaser est meurtri, mais plus tard il m'a dit aussi son accord avec ce propos attribué à Ghandi : « Je préfère les extrémistes indiens aux occupants anglais ». Moment de détente dans le champ où le Dr Yaser cultive légumes et fruits. Nous y retrouvons l'anesthésiste et son épouse avec leurs enfants, des neveux et nièces. Le Dr Yaser me dit comment le marché agricole continue a être une réalité qui se joue du mur de séparation entre la Cisjordanie et Israël, tant pour les marchandises que pour les hommes. Ainsi des religieux israéliens viennent chaque matin prendre dans des fourgonnettes des ouvriers journaliers palestiniens pour les faire travailler dans leurs champs et chaque soir les ramènent leur rendant la pièce d'identité confisquée le matin. Visite de la maison des associations « Darna » avec Tarek le président et Mansour le trésorier à qui je remets 2000 € de la part de l'association « Bobigny Palestine solidarité PCF ». Dans cette maison de 3 étages en construction il y aura la maison des associations, un théâtre de 250 places et des chambres d'hôtes pour les amis de passages Dîner dans la famille du Dr Yaser avec son épouse et leurs 2 enfants

Mercredi 11 juillet. Je passe la matinée à l'hôpital de Djénine où je rencontre un médecin français qui anime une session de formation sur la prise en charge de la douleur. La veille l'épouse du Dr Yaser m'a expliqué qu'invité chez elle, il lui a demandé : « Qu'est ce que les Palestiniens pensent des Israéliens ? ». L'épouse du Dr Yaser qui connaissait sa parenté israélienne lui a répondu que les seuls Israéliens que connaissent les Palestiniens étaient les colons et les soldats de la force d'occupation. Je rejoins Naplouse où je suis accueilli par la coordinatrice de l'association « Darna » « Notre maison ». C'est une maison pour les associations -plate-forme de 75 associations- qui assure des cours (de langue, d'informatique), une école de cirque. Le programme a bénéficié d'un financement de 3 ans qui arrivera à son terme en février 2008 par le consulat français, une association française la « guilde du raid » et une association palestinienne « Palestinian Vision ». Darna a créé un commerce solidaire (savon, artisanat des femmes) qui assurera la pérennité du projet, notamment grâce à l'association Les Amis de Darna créée depuis deux ans en France. Darna accueille aussi des groupes de touristes leur proposant en fonction de leur pole d'intérêt la visite de sites historiques ou la rencontre d'habitants de Naplouse et les hébergent en hôtel ou chez l'habitant. Retour Naplouse-Ramallah avec 3 check-points dont celui de Hawara où l'on doit changer de taxi, passer dans un couloir qui se termine par un tourniquet et un local avec des soldats en armes qui vous tiennent en joue tandis que d'autres contrôlent votre passeport.

Jeudi 12 juillet. Déjeuner dans la famille de Jawad avec son épouse et leurs 3 enfants à Beithanina, un village palestinien qui fait partie intégrante de Jérusalem Est. Jawad est chirurgien à l'hôpital de Ramallah. La conversation tourne autour du travail de Jawad qui a fait un séjour en France l'année dernière sous l'égide du consulat français où il s'est formé à la micro-chirurgie. Le bénéfice de cette formation est important en chirurgie d'urgence où il doit suturer nerfs et artères

Vendredi 13 juillet. Je rejoins Hebron où je suis accueilli par un ami anesthésiste et ses 3 garçons. Membre du Fatah il répercute les déclarations d'Abu Mazen dénonçant un « coup de force » du Hamas et demandant un retour à la situation antérieure comme préalable à une reprise des discussions. Pour lui le coup de force a été rendu possible car tous les responsables du Fatah étaient en Cisjordanie, Mohamed Dahlan étant depuis longtemps en Allemagne pour raison médicale.

Samedi 14 juillet. Fête nationale française avec messe à l'Eglise Sainte Anne en présence du consul et de la chorale des enfants de Taybeh un village situé en Cisjordanie à 30 kilomètres au nord-est de Jérusalem. Les 2 réceptions, à Sainte Anne pour les Palestiniens et l'autre au consulat à Jérusalem pour les Israéliens ont été reportées au dimanche 15, les autorités françaises s'estimant tenues de suivre les règles du Shabbat ! Entretien avec une amie journaliste en poste en Israël depuis plusieurs années. Elle me parle de ses contacts avec les Palestiniens où elle évite les politiques qui perdent le bon sens et le parler vrai du simple citoyen. Je lui raconte la mission à Gaza et les réactions que cela a suscité en Cisjordanie témoignant de profondes divisions entre palestiniens. Elle me parle de la tolérance communautaire –religieuse- des palestiniens mis à mal par Israël qui divise pour régner. Ni les pays occidentaux, ni les pays arabes n'ont envie de les aider à s'en sortir. Elle m'invite à lire « l'Orientalisme » d'Edward Saïd. Le soir conférence d'un Père Blanc, sur les « Eglises d'Orient », avec un point sur l'histoire puis la situation d'aujourd'hui des Eglises et des communautés chrétiennes où les familles donnent la priorité à l'éducation plutôt qu'à la terre et émigrent. Le mur et les entraves à la circulation mettent à mal la survie de cette petite communauté.

Dimanche 15 juillet. Retour en France via Milan où nous passons la nuit. J'ai un compagnon de voyage, chef d'entreprise dans le nord de la France, retour d'un séjour de 3 semaines en Israël, et qui entame un discours éculé sur la supériorité d'Israël et de la civilisation occidentale. Je me dis que décidemment, il faut que j'achète d'urgence ce livre d'Edward Saïd sur« L'Orientalisme ».

4-10-2007

CAPJPO-EuroPalestine



05/10/2007
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