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Légalité et légitimité de la résistance (I)

Légalité et légitimité de la résistance


 
1 - Gaza : lorsque les fusées sur Sderot exaspèrent

Depuis les récents évènements survenus dans la bande de Gaza puis en Cisjordanie
(mainmise du gouvernement palestinien sur les sièges des appareils sécuritaires,
accompagnée d’actes de violence envers les membres de ces appareils, décisions
anticonstitutionnelles du président palestinien accompagnées d’une vague de
violence envers les membres et cadres du Hamas en Cisjordanie, les évènements se
précipitent à vive allure en Palestine et dans la région, dans différentes
directions.

Comprendre ce qui s’est vraiment passé dans la bande de Gaza exige une
commission d’enquête neutre, car les sources des deux parties rapportent des
faits très différents, mais ni la présidence palestinienne ni les courants
éradicateurs* qui la tiennent en otage, ne souhaitent voir se mettre en place
une telle commission, proposée dès le début des évènements par Khaled Mechaal,
président du bureau politique du Hamas, au cours de sa conférence de presse.

Mais au-delà des évènements qui se sont déroulés il y a une dizaine de jours,
ayant abouti à la mainmise du Hamas sur les appareils sécuritaires palestiniens
dans la bande de Gaza, le conflit se déroule entre plusieurs courants qui
traversent la société palestinienne issue des accords d’Oslo : d’abord le
courant d’Oslo, la présidence palestinienne et quelques forces politiques et
sécuritaires, qui s’accrochent tant bien que mal aux miettes que font miroiter
les États-Unis et l’Union européenne, au moment où l’État sioniste s’accapare
des terres et des ressources vitales, démantèle la Cisjordanie, asphyxie la
bande de Gaza et achève son annexion d’al-Quds. Face à ce courant de plus en
plus impopulaire, un courant multiforme refuse d’entériner cette soumission à
l’ordre américano-sioniste, qu’il soit dans l’Autorité ou non. Au sein même de
ces courants principaux, se retrouvent plusieurs forces qui s’allient et se
désallient au gré du rapport de forces, local, régional et international.

La crise des appareils sécuritaires ne date pas d’aujourd’hui. Depuis les
élections législatives palestiniennes ayant conduit Hamas au gouvernement, le
président Mahmoud Abbas a agi avec le gouvernement de la même manière que le
premier président, Yasser Arafat, avait agi avec lui, quand il était chef du
gouvernement, alors que tous les deux appartiennent au Fatah. Rappelons que lors
du conflit entre Mahmoud Abbas et Yasser Arafat, le premier, soutenu par les
Etats-Unis, avait imposé la modification du Règlement principal de l’Autorité,
accordant un poids plus important au gouvernement, face à la présidence. Cela
avait suscité des remous dans les rangs du Fatah, fidèles au président martyr,
contre le courant pro-américain et les forces de la sécurité préventive de
Dahlan qui avaient à l’époque menacé le pouvoir du président Arafat, en
descendant dans les rues de Gaza, les armes à la main. Si Yasser Arafat avait
essayé de s’opposer à la mainmise du gouvernement de Abbas sur les appareils
sécuritaires, ce fut pour empêcher la mainmise américaine sur ces appareils,
mainmise qui se profilait par le biais de Mahmoud Abbas. Quant au président
actuel, son refus de remettre les appareils sécuritaires entre les mains du
gouvernement légitime est dû à sa volonté de les réduire à des suppléants de la
politique américano-sioniste en Palestine. De plus en plus financés et armés par
les puissances occidentales, ces appareils ont été conçus, notamment après la
victoire du Hamas aux élections législatives, pour un rôle de répression interne
et de coordination avec l’entité sioniste.

En refusant de remettre, en toute légalité, ces appareils sécuritaires aux mains
du gouvernement, Mahmoud Abbas engageait la crise qui va aboutir aux évènements
récents de Gaza. Le ministre de l’intérieur de l’époque, Sa’id Siyâm, constitue
la Force Exécutive, composée des militants du Hamas mais aussi d’autres forces
politiques comme les Comités populaires de la résistance, dont le dirigeant sera
assassiné par les sionistes, peu après que la direction de la Force exécutive
lui ait été confiée.

Mais c’est surtout le blocus international contre le gouvernement et le peuple
palestinien qui va exacerber les luttes intestines entre les courants
palestiniens. Ce blocus meurtrier, décrété par les États-Unis et l’Union
européenne, avait pour but de faire tomber le nouveau pouvoir palestinien, élu
pourtant selon les normes démocratiques occidentales. Il est actuellement
notoire que des forces palestiniennes ont participé à ce blocus, ainsi que des
pays arabes, soit passivement soit activement, pensant que ces mesures
criminelles américano-sionistes activement soutenues par plusieurs pays
européens allaient faire plier le peuple palestinien et lui faire abandonner la
voie de la résistance.

C’est d’ailleurs cette même menace qui est brandie par les éradicateurs, parmi
les conseillers de Mahmoud Abbas, lorsqu’ils affirment que le blocus renforcé
sur la bande de Gaza, en provoquant la faim, précipitera la chute du Hamas.

Mais contrairement aux espoirs de l’axe américano-sioniste, la résistance
palestinienne s’est poursuivie, et malgré toutes les difficultés engendrées par
le blocus, malgré les invasions, les assassinats, les destructions, les
barrages, les enlèvements, la colonisation et tous les actes criminels de
l’occupation sioniste, la résistance armée et populaire s’est renforcée. Il y a
presque un an, les résistants kidnappaient un soldat sioniste pour l’échanger
contre les prisonniers palestiniens, mais avant et surtout après, la colonie de
Sderot, située au nord de la bande de Gaza, est sous la cible des combattants.

La résistance dans la bande de Gaza, notamment militaire, a plus d’une
importance, du fait du statut particulier : territoire libéré et nettoyé des
colonies sionistes, mais particulièrement encerclé par les forces de
l’occupation, en accord avec l’Union européenne et certaines parties
égyptiennes. C’est dans la bande de Gaza que les forces sécuritaires de la
présidence côtoient la Force exécutive qui n’a pu se déployer en Cisjordanie.
C’est dans la bande de Gaza que les sionistes commettent massacres après
massacres pour se venger plus particulièrement d’une population, largement des
réfugiés, qui a accordé sa confiance à la voie de la résistance. C’est dans la
bande de Gaza que le mouvement Hamas a une assise militaire et populaire
puissante, du fait de l’histoire (histoire du Hamas mais aussi histoire de la
bande de Gaza, rattachée à l’Égypte en 48). C’est à partir de la bande de Gaza,
où les résistants ont développé les fusées et les armes, que la résistance armée
frappe les colonies sionistes, et notamment Sderot. La résistance palestinienne,
représentée surtout par le Hamas, a refusé, à plusieurs reprises, le chantage
israélien voulant faire une trêve avec seulement la bande de Gaza, pour faire
cesser les fusées de la résistance. Les résistants de plusieurs organisations, y
compris les Brigades des martyrs d’al-Aqsa (affiliées au Fatah) ont fait de
Sderot une cible de choix pour riposter à tous les assassinats et les
enlèvements menés par les sionistes en Cisjordanie aussi, de sorte que même la
presse israélienne parlait il y a encore trois semaines, de défaite israélienne
à Sderot. C’est de la bande de Gaza que les fusées de la résistance ont montré
qu’un peuple, même affamé, pouvait remporter des victoires contre Israël et ses
partenaires. Et c’est pourquoi la bande de Gaza devait payer le prix.

Depuis l’accord de la Mecque et la constitution d’un gouvernement d’unité
nationale, qui fait suite au gouvernement composé essentiellement de membres du
Hamas, la présidence palestinienne est sous pression : d’une part, respecter ses
engagements et mettre en place un vrai partenariat avec le mouvement Hamas, et
d’autre part, répondre aux demandes des Quartet (arabe et international) qui
exigeaient la rupture avec le Hamas pour constituer un gouvernement soumis aux
intérêts américano-sionistes. Malgré leurs promesses, ni les États arabes soumis
aux Etats-Unis, ni les Européens ne lèvent leur blocus mais exigent encore plus
de concessions, ce qui plonge les accords de la Mecque et le gouvernement
d’union nationale dans une situation encore plus critique : n’ayant réglé ni la
question des forces sécuritaires, ni la fin du blocus, l’Autorité palestinienne
se retrouve de nouveau partagée entre l’enlisement dans la compromission et la
voie de la résistance.

Avec un supplément, toutefois : malgré toutes les défaillances des accords de la
Mecque, ce fut une intervention arabe modérée essayant de rapprocher les points
de vue, faisant place aux interventions extrémistes et nettement alignées des
amis arabes de Rice et Bush, les régimes jordanien et égyptien. L’échec des
accords de la Mecque ne signifie rien de plus qu’un alignement total de la
question palestinienne sur les intérêts des deux régimes les plus impliqués dans
le plan Rice, la Jordanie et l’Égypte. C’est ce qui explique la future rencontre
Olmert-Abbas, en présence de la Jordanie et de l’Egypte, à Sharm el-sheikh.

C’est à ce résultat que les forces obscures de Dahlan (Sécurité préventive) et
des autres (la sécurité intérieure notamment) voulaient parvenir en faisant
obstruction à toutes les réformes des appareils sécuritaires : ces réformes
instituaient, au lieu de la parité des organisations, un recrutement
professionnalisé ainsi que leur indépendance vis-à-vis des organisations et
groupes de pression armés (donc du Fatah, essentiellement). Les récents
évènements à Gaza, qui ont abouti à la mainmise du Hamas sur les appareils
sécuritaires, furent d’abord une riposte aux manœuvres des dirigeants des
appareils sécuritaires, visant à prendre le contrôle de la bande de Gaza, grâce
à l’armement nouvellement arrivé, au soutien logistique égyptien et même
israélien, avec la bénédiction américaine et européenne, pour en finir avec la
résistance, populaire mais surtout armée, contre l’occupation : c’est le plan
Dayton, du nom de Keith Dayton, général américain qui réside dans l’État
sioniste depuis mars 2006 pour appliquer le plan « d’éradication du Hamas » de
la vie politique palestinienne.

Depuis des mois, la bande de Gaza vit au rythme des faits d’armes de ces
appareils sécuritaires : arrestations, assassinats, corruption, règlements de
compte et anarchie sécuritaire. Refusant la mise en application des accords
signés lors des accords de la Mecque, refusant même d’obéir au président Abbas,
ils ont rendu infernale la vie quotidienne des Palestiniens à Gaza.

Dans une déclaration récente (22/6/07), Raji Sourani, président du PCHR (Centre
Palestinien des Droits de l’Homme) affirme  que Gaza n’avait pas vécu un tel
calme depuis plus de dix ans, réfutant la propagande des éradicateurs à propos
des poursuites par le Hamas des militants du Fatah. Il a rappelé que le Hamas
est l’Autorité, non pas depuis une semaine, comme cherchent à le faire croire
les autres, mais depuis un an et demi. Et depuis cette date, les organisations
des droits de l’homme n’ont enregistré aucune violation par le Hamas des droits
civiques des citoyens. Il a de plus nié l’information selon laquelle les
militants du Hamas auraient investi et saccagé la maison de Yasser Arafat,
propagande mensongère de certains médias palestiniens, ayant conduit à une « St
Barthélémy » en Cisjordanie, contre le Hamas.

De plus, la mainmise du Hamas sur ces locaux a dévoilé quantité de documents
sécuritaires qui dénoncent la collaboration de certains appareils avec l’État
sioniste, qui se montre d’ailleurs très inquiet à leur sujet. Il vient de
réclamer à L’Égypte un rôle d’intermédiaire pour les récupérer, avant qu’ils ne
tombent entre les mains de « pays de la région » évoqués par ces documents.

La riposte de Hamas a déjoué un coup d’État. Si cette riposte est considérée
illégale et anticonstitutionnelle, elle l’est beaucoup moins que le coup d’État
qui se préparait, qui aurait encore affaibli le pouvoir du président au
détriment de ses conseillers éradicateurs. Si la mainmise du Hamas sur les
appareils sécuritaires fut entachée d’actes violents, la répression qui s’est
abattue sur les militants et les cadres du Hamas, dont beaucoup étaient
recherchés par les sionistes, en Cisjordanie, constitue des actes de trahison.
Qui a incendié la maison de Abdul ‘Aziz Dweik, président du conseil législatif,
enlevé et détenu par les sionistes depuis plus d’un an ? Et saccagé la maison de
Hassan Youssef, député détenu dans les prisons de l’occupation, le même jour où
les sionistes le transféraient de Ofer à Haddarim ?

Ceux qui accusent le Hamas d’avoir violé la constitution en s’emparant des
bâtiments des appareils sécuritaires dans la bande de Gaza, comment
qualifient-ils les décrets présidentiels instaurant l’état d’urgence, mais
surtout la formation d’un nouveau gouvernement sans avoir l’aval du conseil
législatif ? Plusieurs associations et institutions juridiques palestiniennes
(dont le PCHR qui est loin d’être dominé par le Hamas) ont qualifié la formation
du gouvernement d’anticonstitutionnelle. Mais les forces éradicatrices,
modernistes et obscures, soumises aux Américains, n’en finissent pas de piétiner
leurs propres idoles.

* Eradicateurs, éradication, terme récemment utilisé à plusieurs reprises par
les conseillers du président et intellectuels réclamant l’éradication de Hamas
de la société palestinienne.

CIREPAL
22 juin 2007

 
(à suivre)

Centre d'Information sur la Résistance en Palestine



02/07/2007
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