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notes donbass

Les Eurorodents [jeu de mots reliant euro et rodents, rongeurs nuisibles en français, NdT], ont tous quittés héroïquement la salle lorsque Lavrov s’est adressé à eux par vidéo. Si l’intention des Eurorodents était de faire comprendre aux Russes que « nous n’écouterons jamais un seul mot de ce que vous avez à dire », je suis convaincu que les Russes ont compris le message et qu’ils garderont ce fait à l’esprit lorsqu’ils planifieront leurs futures actions unilatérales (dont beaucoup sont à venir, c’est évident). 

2.03.22

 

Les Eurorodents forment également ce que j’appellerais des « brigades nazies internationalistes » de volontaires qui peuvent aller se battre pour le Banderastan. Pas besoin de visa – présentez-vous, déclarez votre volonté de tuer des Russes, et, voilà, vous êtes envoyé là-bas…

 

Les étudiants russes sont expulsés des établissements d’enseignement supérieur de l’UE (une idée similaire est à présent proposée aux États-Unis), et même des pays neutres comme la Suisse ont fermé leur espace aérien aux transporteurs russes (ce que la Suisse n’avait pas vraiment besoin de faire puisque tous les pays voisins de la Suisse l’avaient déjà fait avant), et les citoyens russes ne peuvent même pas traverser l’espace aérien canadien lorsqu’ils rentrent des États-Unis vers l’UE (ce qui vient d’arriver à un de mes amis). 

 

 

Les Russes sont expulsés des clubs de sport, des manifestations musicales, des événements culturels et d’à peu près tous les endroits où quelque chose de « russe » peut être traité avec haine et mépris.

 

Hier, Poutine a utilisé l’expression « Empire du mensonge » ; et il a raison.  Je vais adopter cette expression aux côtés de mes deux préférées « Empire anglo-sioniste » et « l’Axe de la bonté ».

 

 

Vous vous rappelez comment les racailles-Woke s’approchaient des Blancs dans les restaurants et leur demandaient de « s’agenouiller » ou de montrer que « la vie des Noirs compte » ? On fait la même chose aux Russes (et même aux non-Russes que l’on prend pour des Russes) dans tout l’Occident démocratique et civilisé.

 

 

À l’intérieur de la Russie, c’est plus compliqué. Comme je l’ai mentionné, les intégrationnistes atlantiques (au pouvoir), la 5e colonne (libérale) et la 6e colonne (néo-marxistes) ont tous uni leurs forces et ont tenté tant bien que mal d’injecter beaucoup de peur, d’incertitude et de doutes dans la société russe, depuis les rumeurs d’une invasion de l’OTAN jusqu’aux hallucinations sur la façon dont les « sanctions infernales » entraîneront la faim, une pauvreté abjecte et le chaos.

 

 

 

En clair, cela signifie :

  1. Plusieurs jours de combats difficiles et violents pour dénazifier Mariupol. L’issue ne fait aucun doute, mais tous les ingrédients sont là pour indiquer une opération d’assaut urbain vraiment intense.
  2. Le Donbass. Là encore, l’issue ne fait aucun doute, je l’annoncerai ici dès que j’aurai suffisamment d’informations convergentes pour confirmer la fermeture de ce chaudron opérationnel.
  3. Kiev. Là, je ne sais vraiment pas. Je comprends la nécessité de résoudre la situation de Kiev d’une manière ou d’une autre, mais je reste profondément préoccupé par toute opération russe visant à libérer la ville. Kiev n’est pas Mariupol et si, à Mariupol, il n’y a pas d’autre option que de tuer tous les nazis, je continue à espérer une solution négociée similaire à ce qui se passe dans de nombreuses villes (certes beaucoup plus petites) de l’Ukraine orientale récemment libérée.

 

Ensuite, il y a la question d’Odessa. Honnêtement, de nombreuses rumeurs circulent selon lesquelles la Russie a l’intention de libérer toute la côte ukrainienne, y compris Odessa, et d’ouvrir un corridor terrestre vers les forces russes en Transnistrie. Poutine, Shoigu et Gerasimov sont infiniment plus intelligents que moi et ils ont les vraies infos, ce que je n’ai pas.

 

 

 tactiques de la Wehrmacht, dans le style de la bataille de Berlin, sont utilisées par le régime de Kiev ? Nous sommes dans cette guerre depuis moins d’une semaine, et jusqu’à présent nous voyons déjà :

  1. un Volkssturm à Kiev (avec une version encore plus bâclée de celui-ci) ;
  2. Empêcher les civils de quitter la zone de guerre (voir https://greekcitytimes.com/2022/03/01/greek-in-mariupol-fascist-ukrainian) ;
  3. Tenir les points stratégiques jusqu’au dernier homme (par exemple Kharkov, Mariupol, etc.) ;
  4. La conscription forcée des hommes en âge de servir

 

 

Les prisonniers de guerre russes sont bien évidemment torturés à mort (les services spéciaux russes recherchent tous leurs noms, il y aura un grand procès à la Nuremberg quand cette guerre sera terminée).

 

 

 

 

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Par Jean-Pierre Garnier

 

Au lieu de diaboliser le chef de l’État russe en le traitant de «tueur» ou de «parano», comme se plaisent à le faire les médias officiels dominants, mieux vaudrait s’intéresser aux causes historiques et géopolitiques qui déterminent son action.

Les voici résumés.

Le «conflit russo-ukrainien» a plusieurs causes :

1 : l'avancée continue de l'OTAN vers l’est depuis la fin de l'URSS, contrairement à la promesse faite à son dernier dirigeant, Mikhaïl Gorbatchev, afin de cerner au plus près le territoire de la Russie. Les gouvernements des E-U ne supporteraient pas un tel encerclement venant de l’Amérique latine (Mexique, Ciba, Porto-Rico…). Notons que cette poussée militaire ne fait que reprendre d’une certaine manière la tradition allemande de la «marche vers l’Est» avec laquelle le nazisme avait déjà renoué pour justifier son expansionnisme lorsque les troupes de la Wehrmacht s’apprêtaient à envahir la Tchécoslovaquie, la Pologne puis l’Union soviétique.

2 : la montée du néo-nazisme. 3 mouvements le composent : le bataillon Azov, Svoboda et Secteur droi . Ce sont des des brigades armées dont certaines sont incorporées aux forces militaires du régime ukrainien. Ii sont joué un rôle majeur dans les massacres et les assassinats perpétrés depuis de coup d'État de Maïdan en 2014, contre les opposants russophones. Depuis 8 ans, plus de 13000 personnes ont été tuées dans les républiques autoproclamées de Donetsk et de Lugansk de la région du Donbass, en dépit des accords de Minsk, jamais respectés, qui stipulaient leur autonomie dans une Ukraine fédéralisée et non plus centralisée.

3 : l'OTAN et la CIA ont installé, avec parfois la collaboration du Mossad (la CIA israélienne), des bases militaires et des laboratoires de bioterrorisme en Ukraine visant la Russie alors que l'Ukraine ne fait pas partie de l'OTAN.

4 : les E-U veulent à tout prix vendre aux Européens leur gaz de schiste et refusent le gazoduc russe Nordstream 2, solution pourtant moins coûteuse et plus écologique pour ces derniers.

5 : L’impérialisme US, sévèrement atteint lors de l'abandon de l'Afghanistan, a besoin d'être relancé. «Stade suprême du capitalisme», comme l’avait bien défini Lénine, il est, comme l’accumulation du capital, mu par une dynamique sans limites. Sur le plan économique, les guerres, en particulier, font la fortune du complexe militaro-industriel. Sur le plan idéologique, le «changement de régime» qui constitue leur objectif et «l’ingérence humanitaire» qui leur sert de justification permettent de leur donner une réputation positive aux yeux d’une opinion abreuvée de propagande et rendue aveugle par elle à la réalité des enjeux.

Les diplomates, les chefs d'état et de gouvernement européens connaissent toutes ces causes, mais ils ne peuvent les reconnaître publiquement sous peine de voir les gouvernés se retourner contre eux. Aussi suivent-ils servilement la ligne imposée par les USA. Ce conflit aurait pu être évité, mais l'oncle Sam le souhaitait et l'a provoqué. Pour eux comme pour leurs alliés, la souveraineté et la sécurité d’un pays qui ne leur est pas soumis n’a pas à être respectée, ce qui les conduit à fouler aux pieds les principes et les règles du droit international. De même, l’interdiction programmée de Russia today et de Sputnik, deux médias financés par la Russie, viole la Charte des droits fondamentaux de l’Union européenne qui «garantit la liberté de communiquer des informations ou des idées, et donc leur pluralisme, sans qu’il puisse y avoir ingérence des autorités publiques». À cet égard, quand Poutine dénonce la Communauté européenne, pilotée par des gens non élus et corrompus jusqu’à la moelle — Ursula van den Layen et son époux, par exemple, sont vendus à la firme US de médicaments Pfizer —, on ne peut lui donner tout à fait tort

La réaction de la Russie est donc compréhensible. Il ne s’agit pas d’une «agression» mais d’une riposte d’un État en légitime défense face à une offensive de la part de la coalition euro-atlantiste, qui avait commencé dès la fin du siècle dernier et dure maintenant depuis plus de trois décennies.

Petite citation du philosophe Montesquieu : « Les responsables des guerres ne sont pas ceux qui les déclenchent, mais ceux qui les ont rendues inévitables. »

 

 

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Jelena Milinčić

*Le texte ci-dessous est la traduction d’un enregistrement Youtube posté par Jelena Milinčić, youtubeuse serbe comme on dit. Ayant été visionné plusieurs millions de fois en deux jours, il m’est apparu intéressant de vous le soumettre non seulement à cause de son contenu, sommes toutes assez banal, mais surtout en ce qu’il témoigne de l’intérêt considérable que suscite une information non-conforme.       Alain Jejcic.
 

Ces derniers jours je regarde comment mes amis dans le monde entier modifient leurs bannières Instagram et Facebook en y incluant le drapeau ukrainien.

Ceux qui résident en Amérique ou en Europe le font parce qu’ils se sont agenouillés devant la rhétorique des médias « mainstrean » ne sachant souvent même pas localiser l’Ukraine sur une carte géographique.

Il y eut même des Russes qui ont agi de la sorte. Cependant, pour être juste, il faut dire que la plupart d’entre eux vivent à l’étranger. Quand a commencé la guerre ils ont modifié leurs bannières par ces mots : « Je me suis réveillé avec un sentiment de honte ».

Il est étonnant que ces gens n’ont guère ressenti de honte durant ces huit dernières années quand les enfants, les femmes et les vieillards mourraient dans le Donbass.

Je suis Serbe et j’ai survécu aux bombardements de l’OTAN du printemps 1999. Presque trois mois je m’abritais des bombes en craignant pour ma vie et celle de mes proches.

C’est pourquoi j’ai le droit de dire que la guerre est la pire chose au monde. Toute personne normale devrait condamner toute forme de violence, la guerre en premier

Croyez-vous vraiment que ceux qui sont à la tête de l’état russe sont fiers d’avoir été forcés à recourir à l’action armée ? Ont-ils fait cela à cause de leurs ambitions impérialistes ?

Non les amis, la Russie a été patiente. Durant ces huit dernières années la Russie n’a eu de cesse d’insister sur le nécessaire respect des accords de Minsk que Kiev a refusé avec obstination de remplir. .

Et ils ont eu beaucoup de patience, les Russes, pendant que les Ukrainiens assassinaient leurs compatriotes à deux pas de chez eux, dans un pays voisin.

Parallèlement à celà, en Ukraine, des organisations nazies proliféraient, elles faisaient tout ce qu’elles pouvaient faire pour anéantir la mémoire du passé soviétique commun. Ils détruisaient les monuments et autres symboles du passé, l’usage de la langue russe était défendue.

Depuis longtemps l’Occident cherche à provoquer les Russes pour qu’ils attaquent l’Ukraine. Ainsi, des mois durant ils parlaient d’une « attaque imminente ».

C’est l’origine de la panique, de l’hystérie actuelle. La Russie n’y ait pour rine, elle qui a de nombreuses reprises démentait avoir de telles intentions tant, bien entendu, que la voie diplomatique semblait praticable.

Tout ceci a créé un sentiment de puissance en Ukraine qui a poursuivi les bombardement du Donbass jour après jour ; elle pensait que l’OTAN allait quoi qu’il en coute la soutenir.

A présent leur président dit qu’ils se sentent seules. Surpris ?

Il est surprenant de constater qu’ils sont surpris que la Russie finisse enfin par réagir. Durant des années ils provoquent l’un des pays les plus puissants de la planète ne respectant pas les accords, ne tenant pas les promesses données. Et à présent, ils sont surpris !!!

L’OTAN a promis qu’elle n’allait pas s’élargir et elle l’a fait ouvertement. De jour en jour elle est de plus en plus proche des frontières russes.

Le moment était donc venu de dire : assez !

Et que ça fasse mal !

La Russie tente d’arrêter l’OTAN et mettre fin à ses manières impériales hors temps.

Beaucoup de ceux qui crient maintenant « non à la guerre » sont ceux-là mêmes qui pendant des années ont soutenu l’élargissement de l’OTAN, qui ont organisé la sanglante révolution à Kiev, qui ont armé et continuent à armer l’Ukraine.

En fin de compte, les choses apparaissent de la manière simple suivante : cette action était inévitable mais il est un fait qu’après ce 24 février l’équilibre du monde ne va plus jamais être le même.

 

 

 

 

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Emir Kusturica, victime de sanctions antirusse.

 

Le comité directeur du festival international de cinéma de Prague (Febiofest) a décidé de retirer au metteur en scène serbe Emir Kusturica le prix « Kristjan » parce qu’il a accepté la veille de l’invasion russe de l’Ukraine le poste de directeur du Théâtre central de l’armée russe à Moscou que lui avait proposé Sergeï Shoïgou, a déclaré à l’agence de presse thèque (ČTK) le directeur du festival Kamil Spačil.

L’initiative de retirer le prix à Kusturica, qui a fait ses études de mise en scène à Prague, est due au fondateur et président d’honneur du festival Fero Fenitch.

« Nous saluons l’initiative de notre président d’honneur de retirer le prix à Kusturica et nous entreprenons immédiatement les démarches pour le mettre à exécution la décision », a déclaré Spačil.

Kusturica a obtenu le prix en 2017 pour « sa contribution à la cinématographie mondiale ».

Fenitch a par ailleurs déclaré que déjà à l’époque il était contre l’attribution du prix à Kusturica à cause de son « penchant à admirer et soutenir les chefs des pays totalitaires » et que dès lors, selon lui, il ne « remplissait pas les critères éthiques, moraux et démocratiques » pour « qu’en dépit de son talent de metteur en scène » il puisse recevoir le prix prestigieux.

Aussi a-t-il fait appel aux autres festivals, Cannes y compris, qui ont par le passé récompensé Kusturica, de suivre l’exemple du festival tchèque, et retirer au metteur serbe les récompenses qui lui avaient attribué par le passé

En 2019, Kusturica a reçu des mains du président tchèque la médaille de l’ordre national tchèque du mérite.

Alors que l’agence TASS annonçait la nouvelle de la nomination de Kusturica, le nominé a déclaré à cette même agence que « la proposition du ministre russe de diriger le théâtre central des armées russes représentait pour lui un grand honneur compte tenu de « l’histoire et la tradition qui se rattache à cette institution ».

Ainsi, après que le président Poutine se soit vu retirer sa ceinture noire de judoka par les instances sud-coréennes, voilà que le metteur scène de cinéma serbe, Emir Kusturica, se voit puni par un obscur festival tchèque qui, profitant des circonstances, tente de se doter d’une notoriété qu’il n’est pas parvenu à acquérir jusqu’alors.

 

 

 

 

Odessa, 2 mai 2014 :
un massacre occulté


« Qui ne connaît la vérité n'est qu'un imbécile.
Mais qui, la connaissant, la nomme mensonge,
celui-là est un criminel ! »

Bertolt Brecht

(La vie de Galilée)

 

Qui s’en souvient en France ? Encerclés par une foule en furie, plusieurs dizaines de membres et partisans du mouvement anti-maïdan réfugiés à la maison des Syndicats, à Odessa le 2 mai 2014, sont brûlés vifs ou asphyxiés, d’autres achevés à coups de barres de fer après s’être jetés par les fenêtres pour échapper à l’incendie. Qualifiés de « prorusses », ils avaient fait l’objet d’une opération de « nettoyage » lancée à l’instigation de groupes néo-nazis qui s’étaient déjà illustrés à Kiev quelques semaines auparavant dans la pseudo-révolution orchestrée dans la capitale pour renverser par la force le gouvernement démocratiquement élu. Or, sans ces groupes, et leur encadrement comme fer de lance des manifestations, il n’y aurait jamais eu de « révolution » sur la place Maidan. Quant à Odessa, non seulement des activistes ukrainiens d’obédience fasciste ont bel et bien constitué les troupes de choc armées, cuirassées et casqués qui ont assailli puis envahi la Maison des Syndicats pour y « liquider la racaille pro-russe », comme en témoignent de nombreuses vidéos filmées par des gens n’ayant rien à voir avec le FSB1, mais le déroulement de cette opération a pu s’effectuer sans que les autorités locales n’interviennent pour y mettre fin, la police, présente sur les lieux faisant preuve d’une remarquable passivité, tandis que les pompiers dont la caserne trouvait à proximité, battaient le record de lenteur pour se rendre sur place.

Sans doute, le gouvernement de Kiev s’est-il vu obligé de procéder à quelques limogeages de responsables locaux, à commencer par le gouverneur de la région d’Odessa, sous peine de perdre aux yeux de l’étranger une légitimité démocratique déjà douteuse. Mais les coupables directs ou indirects du carnage semblent toujours bénéficier, bientôt deux ans après l’événement, d’une totale impunité. Bien plus, certains d’entre eux continuent de patrouiller et parader dans les rues d’Odessa, à pied ou en véhicules, pour poursuive la chasse aux « prorusses » et menacer les habitants de la ville qui trouveraient à y redire, et ce jusque dans les tribunaux. Résultat : les parents et amis des victimes en sont encore à attendre que lumière soit faite sur les conditions de leur disparition, terme à prendre dans les deux acceptions du terme, puisque les cadavres de certaines d’entre elles n’ont pas encore été retrouvés.

 

 

C’est afin que justice soit rendue qu’une Association des mères des personnes assassinées s’est constituée pour qu’une enquête sérieuse soit réalisée sur ce qui s’est passé à Odessa le 2 mai 2014. Une justice qui, jusqu’ici, semble malheureusement encore relever de la mission impossible. En ce domaine en effet, c’est la parodie qui prédomine. Seul un activiste « pro-ukrainien » c’est-à-dire antirusse et vraisemblablement sympathisant sinon militant de Pravy Sektpr ou Svoboda, a été poursuivi, alors que les assiégeants et les assaillants de la Maison des Syndicats se comptaient par dizaines. À l’inverse, mais de manière complémentaire, 20 manifestants catalogués comme « pro-russes » étaient mis en examen. « Enquête judicaire opaque » titrait un journaliste du Monde, journal pourtant acquis aux positions pro-européennes et néo-libérales des nouveaux dirigeants ukrainiens2. Effectivement, cette enquête traînait au point d’inciter un certain nombre de personnalités à former un « groupe du 2-mai » qui mènerait ses propres investigations. Néanmoins, bien que composé en principe de personnes de « toutes les opinions politiques » et que son travail ait été « considéré comme objectif et sérieux », selon le même journaliste qui ne précise d’ailleurs pas à qui ledit travail devait cette considération, il ne semble pas que l’éclaircissement des faits survenus le 2 mai 2014 auquel il a abouti ait donné pleine satisfaction. 

 

Il faut dire que la version des faits concoctée par ce « groupe du 2 mai » concordait un peu trop, n’en déplaise à l’envoyé du Monde, avec les attentes de tous ceux qui, à Odessa comme à Kiev, souhaitent que l’affaire honteuse d’un meurtre de masse perpétré par des ultra-nationalistes dans un pays européen dont on se félicite à l’étranger qu’il soit en passe de rejoindre la grande famille des « démocraties », soit au plus vite étouffée, enterrée et oubliée. Ainsi le coup d’envoi des affrontements était-il imputé aux activistes « prorusses » qui auraient attaqué une manifestation pacifique pro-ukrainienne, c’est-à-dire nationaliste, spontanément organisée par les supporteurs de deux équipes de football à l’issue un match. Les deux premiers morts de la journée proviendraient de leurs rangs, atteints par les balles de tireurs « russophiles » sans que cela soit encore prouvé. Un scénario qui n’était pas sans rappeler celui fabriqué après coup dans la foulée de la « révolution de Maïdan » avant que l’on ne découvre qu’en réalité, les snipers qui avaient tiré sur la police aussi bien que sur les manifestants le 20 février 2014 faisaient partie d’un « groupe clandestin » où « se trouvaient impliqués, directement ou indirectement, l’extrême-droite (Pravy Sektor, Svoboda) et un parti oligarchique pro-occidental (Patrie) », avec pour objectif, grâce à un « meurtre de masse perpétré sous une fausse bannière », de « l’emporter dans le conflit assymétrique de Maïdan et prendre le pouvoir en urkraine »3.

 

La suite du récit ne dépare pas le début. Les « deux camps » auraient ensuite « échangé des cocktails Molotov, provoquant l’incendie ravageur du fait de la quantité de combustible stockée par les anti-Maïdan dans le bâtiment »4. Enfin, les commandos munis de barres ou de battes cernant l’immeuble en flammes auraient « dans leur grande majorité essayé de sauver les personnes pris au piège » au lieu de les achever comme en attestent pourtant les scènes filmées de multiples videos.

 

Que le « journal de référence » que Le Monde est censé être — de révérence à l’égard des puissants, en fait — se fasse le relais des mensonges et des contre-vérités destinés à dissimuler ou travestir une réalité aussi gênante pour les nouveaux dirigeants ukrainiens que pour leurs alliés euro-atlantistes, n’a rien qui doive surprendre. La présentation unilatérale pour ne pas dire caricaturale qui en est faite, de même que celle de la pseudo-révolution de Maïdan, offre un bon exemple de ce manichéisme primaire auquel cède le complexe médiatico-politico-intellectuel de notre pays pour embrigader une opinion publique qu’ils formatent plutôt qu’ils ne la forment. On a là une fable typique de ce que peut produire ou, dans ce cas, reproduire une presse française mainstream en phase avec la réécriture de l’histoire en temps réel par les autorités officielles ukrainienne ; et ce afin de relativiser l’importance des évènements funestes qui ont endeuillé une partie de la population d’Odessa, en falsifier la signification et nier leur propre implication en plus de celle, avérée, de leurs supplétifs d’extrême-droite.

Si ce conte à dormir debout avait le mérite, comme s’en félicite notre journaliste mondain, d’écarter l’« hypothèse avancée par les médias russes du massacre délibéré »5, il ne pouvait toutefois convaincre que les gens déjà convaincus. Ce qui n’était apparemment pas le cas d’un groupe de membres du Parlement européen qui, préoccupés par l’absence de données fiables relatives au massacre, demanderont en mai 2015 au Premier ministre Arseni Iatseniouk de « tout mettre en œuvre pour rendre publics les résultats des enquêtes sur les meurtres commis sur le Maïdan et les meurtres de masse perpétrés à Odessa ». Peine perdue. Dans un rapport très critique publié en octobre 2015, les experts européens d’un comité consultatif international créé à l’initiative du Secrétaire général du Conseil de l’Europe Thorbjorn Jagland, jugeaient que l’enquête menée en Ukraine, censée établir les circonstances exactes du massacre et évaluer le travail des services municipaux d’urgence le jour des troubles, « ne répondait pas aux exigences de la Convention européenne des droits de l’homme ». Bien plus, outre qu’elle ne pouvait pas « être qualifiée d’indépendante et efficace », ils estimaient que le « contexte général » qui régnait en Ukraine empêchait les enquêteurs de « réaliser de sérieux progrès dans l’élucidation de la tragédie d’Odessa ».

On comprend dès lors que les mères des victimes du carnage n’aient plus d’autre recours aujourd’hui que de s’adresser à l’ONU pour qu’il ne demeure pas impuni. D’où leur requête auprès d’une instance compétente de cet organisme en matière de protection des droits humains, mandatée pour les cas de tortures, exécutions sommaires, disparitions forcées et détentions arbitraires, pour qu’une commission internationale réellement indépendante, impartiale et objective puisse faire enfin éclater la vérité sur ce qui s’est passé à Odessa le 2 mai 2014 et que les responsables soient punis.

 

 

C’est la raison pour laquelle, une conférence suivie d’un débat s’est tenue dans les locaux de l’ONU à Genève le 21 mars 2015 au Palais des Nations, en marge des travaux du Conseil des Droits de l’Homme, avec la participations de M. Xavier Moreau, co-fondateur du site Stratpol, spécialiste des questions géopolitique, de Mme Victoria Malchulko, fondatrice et présidente de l’Association des mères du 2 Mai, témoin direct des évènements survenus ce jour-là et de Mme Elena Radzikhovskaiya, mère d’André Brazhevsky, tué lors du siège et de l’incendie de la Maison des Syndicats, toutes deux enseignantes, l’une à la retraite, l’autre en activité, et habitantes d’Odessa. Le but de cette conférence était d’une part, de retracer l’évolution de l’Ukraine depuis la «révolution» de la Place Maïdan, d’exposer l’impact sur le pays du changement de régime qui s’en est suivi, de replacer la tuerie d’Odessa dans ce contexte socio-historique, tant national qu’international, et de pointer le rôle des différents acteurs de ce drame. D’autre part, il s’agissait de faire connaître à partir de témoignages, non seulement le déroulement concret des évènements mais aussi les multiples obstacles rencontrés pour que la lumière soit faite sur les responsabilités directes et indirectes des autorités de la ville dans cette violence sans précédent à Odessa.

 

Il faut croire, cependant, que cette recherche de la vérité ne plaisait pas à tout le monde et encore moins l’idée de créer une commission d’enquête libérée de la pression des pouvoirs en place en Ukraine. Après la tentative d’un certain Mykola Cusin, président d’un Comité de Défense de la Démocratie en Ukraine, branche européenne du Comité des Ukrainiens d’Amérique du Nord, pour faire annuler la conférence, sous prétexte qu’elle offrirait une tribune à l’anti-américanimsme, l’antisémitisme, la russolâtrie et l’extrême droite, trois agents provocateurs dont une journaliste urkrainienne mêlée de très près aux évènements du 2 mai, sont venus jouer les agents d’ambiance à leur manière : interruptions du conférencier accompagnées d’injures à son égard, prises de paroles bruyantes sans y être conviés, discours haineux interminables… L’intention de ces perturbateurs était évidente : saboter la conférence et surtout faire capoter la projet de mise en place d’une commission d’enquête internationale. Il a fallu que je leur explique ainsi qu’à l’assistance que nous étions dans une assemblée de gens de pays civilisés et non dans la jungle qu’était devenue l’Ukraine depuis l’arrivée au pouvoir de leurs commanditaires aidés de leurs acolytes néo-nazis pour les obliger à se taire, tâche rendue aisée par les applaudissements approbateurs de la plupart des gens présents.

Le calme revenu, Mme Elena Radzikhovskaiya a pu exprimer, au nom des mères qui comme elle, ont été privées de leurs fils par ce qu’il faut bien appeler un assassinat collectif, le souhait qu’un maximum de personnes des autres pays se solidarisent avec elles pour que les coupables, quels qu’ils soient, soient identifiés, poursuivis, jugés et châtiés.

Que celles et ceux qui se refusent à rejoindre la cohorte des imbéciles ou des criminels, au sens où Bertolt Brecht les désignait, signent cet appel. Les mères des Ukrainiens assassinés le 2 mai 2014 leur en sauront gré.

 

 

Jean-Pierre Garnier

 

1 FSB : Service fédéral de sécurité de la Fédération de Russie Service secret chargé des affaires de sécurité intérieure. Principal successeur du KGB soviétique dissous en novembre 1991.

2 Benoît Vitkine, « Odessa, un an après le drame du 2 mai », Le Monde, 02.05.2015

3 Ivan Katchanovski, « The “Sniper’s Massacre ”in the Maidan in Ukraine » september 2015 The “Snipers' Massacre” on the Maidan in Ukraine | Oriental review. org

4 Benoît Vitkine, « Odessa, un an après le drame du 2 mai », Le Monde, 02.05.2015.

5 Ibid.

 

 

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02/03/2022
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