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palestine, transformer les prisons en universités

Les prisonniers défient l’impossible : ils transforment les prisons en
universités


Malgré la répression féroce et le traitement inhumain, malgré les conditions de
détention et la torture, les prisonniers palestiniens et arabes détenus dans les
prisons de l’occupation sont parvenus à surmonter les difficultés pour s’adapter
à leur situation grave et exceptionnelle. Car ils savent d’avance la nature de
l’occupation et ont assisté dès leur enfance à ses crimes, comprenant ainsi que
les droits s’arrachent et ne se donnent pas, que l’histoire ne s’écrit qu’avec
le sang et que la victoire ne s’obtient que par les énormes sacrifices. Ils ont
également réalisé, de manière précoce, que l’occupation vise leur culture et
leur patrimoine, cherchant à les réduire à des corps creux sans aucun contenu.
C’est pourquoi ils ont refusé de s’abandonner à l’amère situation et ont décidé,
armés d’une volonté d’acier et d’une détermination inébranlable, de s’organiser
et de mener la lutte derrière les barreaux pour améliorer leurs conditions de
détention et arracher leurs droits fondamentaux. Ils ont offert les martyrs,
l’un après l’autre et ont écrit, tout au long des dizaines d’années passées, des
pages lumineuses de lutte et sont parvenus à tisser leur propre histoire,
remplie de sacrifices et de magnifiques expériences. Jamais dans l’histoire
humaine une expérience collective derrière les barreaux n’a été aussi lumineuse
que celle du mouvement des prisonniers dans les prisons de l’occupation
israélienne.

Une de ces réalisations fut de transformer les prisons et les centres de
détention en bastions révolutionnaires, en écoles et universités pour former
générations après générations, le dirigeant ingénieux et le militant entêté,
l’écrivain magistral et le poète créatif. Le mouvement d’enseignement et
d’éducation ne s’est jamais arrêté, mais est passé par plusieurs phases.

Au début, il était difficile d’obtenir des feuilles de papier et des crayons. Le
papier de cigarette ainsi que tout bout de carton furent utilisés au moment où
les crayons passaient clandestinement à l’intérieur des prisons. Le même crayon
faisait le tour de toutes les organisations qui s’en servaient pour transmettre
leurs instructions ou autres. Les détenus furent contraints de mener des grèves
de la faim épuisantes afin d’obtenir des cahiers et des crayons ainsi que le
droit de faire entrer des livres. Ils revendiquèrent le droit d’organiser des
programmes et des stages de formation dans différents domaines.

Malgré la lenteur et la négligence des autorités carcérales, les prisonniers
arrachèrent en fin de compte le cahier, le crayon et le droit de lire.
L’administration de la prison dirigea alors sa répression contre la matière
écrite dans les cahiers, en instaurant surveillance et contrôle et en confiscant
ces écrits. Elle voulut maîtriser le genre de livres introduits, interdisant
l’utile et autorisant le futile.

La situation évolua et s’améliora de sorte que les prisonniers ont obtenu tout
ce dont ils avaient besoin, les cahiers, les crayons et certains livres, bien
que ces « largesses » pouvaient être remises en cause à tout moment. Les
prisonniers ont adopté le moyen de l’auto-instruction par la lecture
individuelle ou l’échange des acquis, ou les formations collectives par les
séances éducatives.

Concernant les sujets abordés par les prisonniers, ils furent essentiellement
politiques, sécuritaires et intellectuels, avec une attention spéciale aux
moyens de résister lors des interrogatoires et au comportement avec
l’administration carcérale. Des séances d’alphabétisation sont assurées aux
prisonniers non instruits avec des programmes obligatoires. L’enseignement des
langues, notamment l’hébreu et l’anglais, fait partie des cours proposés aux
prisonniers qui le souhaitent. Des centaines de prisonniers s’y sont initiés
avant de pouvoir traduire des livres et des études diverses, notamment après
leur libération.

Des prisonniers se distinguent par leurs écrits

Un grand nombre de prisonniers ont suivi les cours de rédaction, assurés par les
organisations dont les formations étaient inégalées. Certains prisonniers ont
accordé une importance supplémentaire à l’écriture et leurs écrits furent
remarquables, que ce soit sous la forme de poèmes, de nouvelles courtes,
d’articles, d’études et de recherches dans différents domaines. Derrière les
barreaux de l’occupation, les prisonniers ont écrit et continuent à écrire des
centaines de nouvelles, autant de poèmes et d’études politiques. Un grand nombre
de prisonniers ont continué à écrire même après leur libération, rejoignant
officiellement les écrivains, poètes, journalistes et traducteurs. Parmi les
anciens prisonniers écrivains, citons Mahmud al-Gharbawî, Fayez Abu Shamaleh,
Abu Salim Jadallah, ‘Issa Qaraqe’, Ahmad Qatamesh, Ali Jaddah, Mahmud Jadda,
Hassan Abd-Allah, Ata al-Qumayrî, dr. Adnan Jâbir, Azza Ghazzawî, Ali Jaradat,
Ghazi Abu Giab, al-Mutawakkel Taha, Adnan al-Damirî, Nasir al-Laham. La liste
est longue et que m’excusent ceux qui n’ont pas été cités.

Des programmes différents, un but unique


Chaque organisation de la résistance a développé son propre programme éducatif
en fonction de sa vision politique et idéologique, et a formé sa propre
bibliothèque aux côtés de la bibliothèque central qui rassemble en général des
milliers d’ouvrages. Des mécanismes d’échanges d’ouvrages entre les
bibliothèques des organisations ont permis leur circulation large. Malgré la
différence des programmes et des méthodes éducatives, les organisations sont
d’accord pour que la durée de détention soit mise à profit pour éduquer et
instruire les prisonniers, quel que soit son niveau. Il arrive que les
organisations palestiniennes publient une revue commune pour les prisonniers
dont la matière concerne les sujets nationaux, la sécurité et la littérature, au
moment où chaque organisation publie sa propre revue et la distribue à ses
membres. L’unité des prisonniers se manifeste lors des débats et réunions
publiques organisés par au moins deux organisations, dans la cour de la prison,
débats où sont

D’un autre côté, les prisons israéliennes assistèrent récemment à un évolution
remarquable, la revendication des prisonniers à poursuivre leurs études
secondaires. L’administration carcérale de l’occupation accepta selon des
conditions précises, en coordination avec le ministre de l’enseignement et de
l’éducation. De nombreux prisonniers eurent ainsi la possibilité d’obtenir le
diplôme de fin d’études secondaires, du moins ceux dont la situation répondait
aux conditions fixées. Toutefois, les prisonniers n’ayant pas achevé leurs
études pré-secondaires ne furent pas autorisés à poursuivre leurs études
officielles.

Droit d’adhérer à l’université et à l’enseignement à distance


En 1992, la grève illimitée de la faim des prisonniers s’était étendue à toutes
les prisons et a duré dix-neuf jours. Parmi les nombreux droits arrachés au
cours de cette grève, celui d’adhérer aux universités par le biais de
l’enseignement par correspondance. Mais les autorités carcérales ne les
autorisèrent pas à s’inscrire ailleurs qu’aux universités de l’occupant. Malgré
cette restriction, des centaines de prisonniers s’inscrivirent aux cours et
poursuivirent leurs études universitaires, obtenant des diplômes de licence dans
différents domaines et même des maîtrises.

Cela suscita un formidable élan parmi les prisonniers qui s’inscrivirent par
centaines pour la poursuite de leurs études secondaires ou universitaires.

Les prisonniers diplômés

A ce propos, de nombreux prisonniers ont obtenu la licence et la maîtrise, comme
par exemple Samir Qintar, le doyen des prisonniers libanais qui a obtenu la
licence en sciences humaines et sociales et a achevé son diplôme en juin 1997 à
l’université ouverte de Tel Aviv. Il poursuit actuellement des études pour
obtenir d’autres diplômes universitaires.

En juin 2005, le prisonnier Muhammad Hassan Mahmud Ighbarieh, du village
al-Mshayrife, dans le Triangle (zone occupée en 1948), détenu depuis 1992 et
condamné à 3 perpétuités et quinze ans de prison, a obtenu le magistère en «
sciences de la démocratie » à l’université ouverte de Tel Aviv. Il avait
auparavant obtenu le magistère en histoire et sciences politiques.

En mai dernier (2007), le prisonnier Mansur Atef Rayan, du village de Qarawa
Bani Hassan (région de Salfit) a obtenu la licence en relations internationales
et sciences politiques à l’université ouverte, alors qu’il est détenu à la
prison de Haddarim.

Des prisonniers exposent et discutent leurs thèses au téléphone
Dans un défi inégalé, certains prisonniers sont parvenus, non seulement à
poursuivre leurs études, mais aussi à discuter leurs travaux de maîtrise et
leurs thèses de doctorat par le biais des téléphones portables qu’ils avaient
fait clandestinement passer en prison. De nombreux prisonniers avaient été
arrêtés alors qu’ils poursuivaient leurs études universitaires. En prison, ils
ont poursuivi leurs études et maintenu le contact avec leurs collègues et
professeurs.

Le 16 août 2003, le prisonnier Nasir Abdel Jawad, 38 ans, a discuté sa thèse de
doctorat de l’intérieur de la section 5 de la prison de Meggido, grâce au
téléphone portable, pendant deux heures et demi, avec l’équipe de professeurs de
l’université nationale d’al-Najah. Ce fut une première en Palestine, et
probablement dans le monde. Il obtint effectivement son diplôme et est considéré
comme le premier prisonnier à obtenir son doctorat au cours de sa détention.

Peu après, au cours de la même année, le prisonnier palestinien Rashid Nidal
Rashid Sabri, 29 ans, discute pendant une heure et demi son mémoire de maîtrise,
de l’intérieur de la prison de Ofer, grâce au téléphone portable, avec l’équipe
d’enseignants de l’université de Bir Zeit.

En mai 2006, le prisonnier Tariq Abdel Karim Fayad réussit à discuter son
mémoire de maîtrise par le biais de son téléphone portable, alors qu’il se
trouvait dans la prison de Ofer, à l’université d’al-Quds. Fayad n’avait plus
qu’à rédiger son mémoire lorsqu’il a été arrêté par l’occupant. Il acheva sa
rédaction en prison. Il est de Deir al-Ghossun dans la région de Tulkarm, et est
père de deux enfants.

Ce ne sont que quelques exemples récents d’une longue lutte menée par les
prisonniers pour s’instruire et s’éduquer, malgré les mesures répressives de
l’occupation. Le mouvement national des prisonniers représente une formidable
école, dans tous les sens du terme, qui mérite qu’on s’y intéresse, en menant
enquêtes et études, pour d’abord éclairer les divers aspects de la résistance
dans les prisons de l’occupation et ensuite rendre hommage à ces hommes, femmes et enfants qui se sacrifient sans compter pour la libération de la patrie.

Abdel Nasser Ferwana
6 août 2007                                                         

 
Traduction Centre d'Information sur la Résistance en Palestine



22/08/2007
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